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Douches Froides - DVD
Douches Froides, 2005
Test DVD - Douches Froides
Rédigé le 19 mar 2006 par
Coralie Bru
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Avis image
Avis son
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Test technique
Douches froides peut se regarder à deux niveaux : comme un film dressant le portrait d'adolescents en pleine mutation, ou comme une chronique sociale. Force est de constater que le réalisateur Antony Cordier n'a forcé clairement le trait ni pour l'une ni pour l'autre de ces pistes. On l'apprend dans les scènes coupées, son film était au départ moins centré sur les adolescents au profit d'un portrait plus poussé des adultes, mais selon ses propres termes « peu de films méritent qu'on y prête attention plus de 90 minutes ». Ainsi l'histoire du trio amoureux et érotique entre les trois terminales prend le pas sur la chronique sociale sans pour autant la laisser complètement sur le bord de la route.

Pour cause, c'est avec un jeune homme riche que le couple rieur Mickael-Vanessa s'emmêle, et les deux univers sont en perpétuelle relation d'amour-haine, entre la fascination pour le quartier des « bourges », et l'oubli de ces deux mondes quand intervient la dimension physique. D'abord c'est le sport (le judo) qui fait se rencontrer les deux jeunes hommes et par voie de conséquence leurs deux familles et leurs deux univers. D'un côté la mère de Mickael paraît toujours préoccupée par quelque chose et se sèche les cheveux en mettant la tête dans le four grand ouvert pour ne pas utiliser trop d'électricité, tandis que de l'autre celle, femme fatale, de Clément se prélasse dans une piscine privée et boit du champagne.

Le judo, fil rouge du film à travers les personnages des différents membres de l'équipe, sert de ciment à ces deux cellules familiales. Tout semble s'organiser autour des deux éphèbes Clément et Mickael et de la jeune Vanessa sa petite amie, qui à eux trois forment un organisme un peu bancal, à mesure que leurs découvertes sexuelles prennent le pas sur leur vie de bacheliers marquée par la monotonie de leur condition sociale. Les corps s'emmêlent et se démêlent avec la grâce de la découverte complètement innocente et spontanée que traduit le personnage de Vanessa, qui paraît ne pas concevoir qu'on puisse arrêter quelque chose que l'on trouve toujours agréable (« Tu préfères quand c'est pas bon ? » lâche-t-elle avec une amertume un peu moqueuse à Mickael). Le détachement des trois adolescents peine à perdurer comme si tout ne pouvait pas être si simple que se l'imagine Vanessa, formidable de gaieté et d'insouciance.

Le film souffre d'ailleurs un peu de la répartition trop marquée des rôles. Mickael est toujours l'adolescent boudeur et inquiet, et sa petite amie l'image de la décontraction la plus totale, si bien que l'évolution dont est censée traiter Douches froides à travers la voix-off de Mickael n'est pas si évidente. Les événements du film n'expliquent en tout cas pas le ton parfois « sur-dramatique » du jeune Johan Libéreau qui revient sur les changements de sa vie. Douches froides n'en reste pas moins passionnant, largement servi par l'interprétation de tous ses acteurs et par la simplicité de son propos, à mi-chemin entre le portrait de deux classes sociales et celui, aérien, de la découverte des corps.

Beau comme un camion, le court-métrage en forme de confidences de famille d'Antony Cordier inclus sur le DVD complète bien le film en soulignant l'importance du facteur social pour le réalisateur, ici curieux de ce qui fait qu'un élément d'une famille d'ouvriers, de « gens sans instruction » devienne un électron libre et envisage des études. Se mettant au centre-même de cette question, Antony Cordier qui a suivi une prépa lettres avant d'être pris à la FEMIS va de sa grand-mère, à sa mère, en passant par son frère, pour tenter de déterminer les motifs de l'une ou l'autre des directions : poursuivre ou ne pas poursuivre des études, sortir ou ne pas sortir du statut social familial. Son frère, le suiveur de la famille, ouvrier parmi les ouvriers, met sa condition actuelle (il s'occupe des cageots de légumes dans une grande surface) sur le compte de son tempérament adolescent. Suiveur, il ne pensait qu'aux filles et se serait montré incapable de faire un choix, chose que sa mère quand elle l'apprend approuve avec un sourire. Avec la grâce et la pudeur d'un reportage dans l'intimité de la famille du réalisateur, Beau comme un camion justifie à lui-seul les bonus de ce DVD, car il éclaire les intentions d'Antony Cordier et même quelques passages du film (la scène de l'anniversaire de mariage dans la dernière partie de Douches froides fait penser à certaines scènes du reportage, notamment le personnage de la grand-mère de Mickael qu'on imagine être inspirée directement de celle du réalisateur).

Les scènes coupées sont quant à elles très sobrement commentées à l'écrit par Antony Cordier, qui explique brièvement leur condition de tournage et le pourquoi de leur disparition. On retiendra quelques séquences se situant après la première relation entre les trois jeunes, toutes deux mettant en scène Vanessa qui en parle d'un côté à sa meilleure copine, et de l'autre à son copain, soucieuse de savoir si elle a changé d'une quelconque façon, si sa nouvelle expérience est peinte sur son visage et donc si les autres peuvent s'en rendre compte. Dans ces scènes Vanessa apparaît encore comme la plus libérée des trois, et on comprend la redite avec la scène de l'infirmière scolaire présente dans le film, où elle explique avec malice dans quelles circonstances elle a pu tomber enceinte devant une infirmière à peine étonnée.

Le dernier bonus (à part le traditionnel bouquet de bandes-annonces) consiste en une galerie de photos assez courte, qui a au moins le mérite d'être dotée de commentaires du réalisateur (toujours à l'écrit), et ressemble donc à un album de tournage assez bien réalisé. On reste en réalité un peu sur sa fin sur les bonus en ce qui concerne l'explication du réalisateur. Au vu de ses commentaires, courts mais intéressants, on a peu de doute qu'il se serait bien sorti d'une explication plus poussée du film, mais il faudra faire avec les indices semés dans le très riche Beau comme un camion et dans les scènes coupées.

Enfin, il est dommage que, une fois de plus chez Bac Films, la technique laisse tant la place au laissez-aller. L'image est indigne de ce que l'on est en droit d'attendre pour un film récent en ce qui concerne l'encodage et la définition : les arrière-plans sont flous et les artefacts de compression très visibles, surtout en basse lumière. Les scènes de nuit sont ainsi particulièrement bruitées. En dehors de cela, le master est propre et la colorimétrie respectée.

La déception se transforme en énervement en ce qui concerne le son, la piste Dolby Digital 5.1 souffrant de sérieux problèmes de mixage. Les effets sonores et la musique sont tellement mis en avant avec pour cela une belle exploitation des voies annexes et du caisson de basse que les dialogues de certaines scènes en deviennent presque inintelligibles, alors que cela n'était en rien le but initial du réalisateur. Le summum du ridicule est atteint à 20min30s, lorsqu'une discussion au téléphone se transforme involontairement en monologue car la voix du personnage hors-champ est noyée dans les bruits ambiants.
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