Priscilla, folle du désert - Édition collector - DVD

Priscilla, folle du désert, 1994

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Priscilla, folle du désert - Édition collector
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Test DVD - Priscilla, folle du désert - Édition collector

Rédigé le 27 mai 2005 par Erwan DesboisErwan Desbois

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Test technique

En 1994, deux films venus d'Australie ont fait parler d'eux pour leur liberté de ton (et pour leur bande-originale fortement influencée par ABBA) : Muriel de P.J. Hogan et Priscilla, folle du désert de Stephan Elliott. Si ce dernier n'a pas eu par la suite une carrière aussi remplie que celle du réalisateur du Mariage de mon meilleur ami et de Peter Pan (à peine peut-on citer Voyeur, thriller hollywoodien quelconque avec Ewan McGregor et Ashley Judd), son film est devenu un véritable phénomène de société, qui se revoit avec le même plaisir dix ans après sa sortie.

Priscilla, folle du désert est un road-movie au point de départ aussi génial qu'incongru : envoyer trois drag-queens de Sydney à l'assaut du bush afin de rejoindre Alice Springs, sorte de Las Vegas australien perdu au beau milieu du désert, pour se produire dans un des casinos de la ville. À bord de leur bus (la Priscilla du titre, c'est « elle »), ils vont rencontrer au cours de leur virée des paysans abasourdis, des aborigènes fêtards, des ploucs intolérants, et une Thaïlandaise dont l'usage très particulier qu'elle fait des balles de ping-pong ne peut laisser de marbre. Les trois héros/héroïnes, Anthony/Mitsi, Adam/Felicia et Ralph/Bernadette, ne sont pas en reste puisqu'ils nous gratifient tout au long du récit de numéros musicaux basés sur des chansons allant des années 40 à nos jours (avec une grosse concentration de tubes des années 70 : Village People, Gloria Gaynor, ABBA). Les chorégraphies et les costumes de ces libres ré-interprétations sont d'une inventivité folle – les stylistes de Priscilla, folle du désert ont d'ailleurs remporté l'Oscar des meilleurs costumes en 1995, avec un budget inférieur à 5000 dollars qui les a forcés à utiliser des accessoires aussi nobles que des bonnets de bain, des désodorisants pour toilettes ou encore des élastiques de mauvaise qualité pour faire tenir les costumes le temps du tournage.

C'est Stephan Elliott lui-même qui nous relate cette anecdote ainsi que beaucoup d'autres du même style dans son passionnant commentaire audio. Avec un refus constant de la langue de bois et le plaisir évident de parler à nouveau de ce film qui semble lui tenir particulièrement à cœur, le metteur en scène raconte l'ensemble du processus de mise au monde de ce film à petit budget, avec les bonheurs et les problèmes qu'un tel statut confère. Les difficultés rencontrées au cours de la pré-production pour boucler le financement mais aussi le casting (Elliott et ses co-producteurs ont dû faire face à des réticences venant de partout, y compris du milieu des drag-queens) ont laissé la place au cours du tournage à une bonne humeur générale qui se retrouve constamment dans le film. Sans temps morts ou presque, Elliott enchaîne les histoires savoureuses, comme les problèmes de place dans le bus (le preneur de son était dans la soute à bagages, tandis que le directeur de la photo et le réalisateur lui-même se cachaient tant bien que mal derrière des rideaux ou des abat-jours) ou la lettre de boycott envoyée par le fan-club américain d'ABBA en réponse à une scène du film où Adam présente son porte-bonheur : une crotte d'Agnetha qu'il a récupérée en allant en coulisses après un concert.

Le réalisateur n'oublie pas de mettre en valeur le travail de chaque membre de l'équipe : mixage, musique originale, photographie… À ce titre, le travail de restauration effectué sur l'image du film rend toute leur splendeur à la lumière très travaillée et aux magnifiques paysages du film, grâce à un master entièrement nettoyé et à un encodage excellent en ce qui concerne la saturation des couleurs et la fluidité de l'image. Seule la définition flanche légèrement sur certaines séquences, mais rien de réellement gênant. Les mixages audio en Dolby Digital 5.1 sont moins réussis car trop centrés sur l'enceinte principale, y compris au cours des passages musicaux où l'utilisation des voies latérales et arrière est bien trop timide. La version française est par ailleurs à éviter à tout prix, Terence Stamp étant doublé par… Jean-Claude Brialy.

Elliott conclut son commentaire audio en évoquant le succès phénoménal et inattendu de Priscilla, qui ne s'est plus démenti depuis le passage au Festival de Cannes. De délire confidentiel entre amis, le film est en effet devenu une telle valeur sûre du divertissement bon enfant qu'il a été diffusé dans pas moins de cinquante-six pays au cours de la semaine qui a suivi les attentats du 11 septembre 2001. Ce commentaire audio est au final si complet et captivant qu'il en éclipse les autres suppléments de cette édition collector, en particulier le documentaire Naissance d'une folle. Ce dernier est en effet basé en grande partie sur une interview du réalisateur, et reprend donc les mêmes informations que le commentaire audio avec moins de détails, hormis en ce qui concerne le « tranny training » (en français, le « trans-entraînement ») par lequel ont dû passer les trois acteurs principaux pour s'imprégner de leurs rôles respectifs. La mise en forme de ce documentaire est également en demi-teinte, avec une musique omniprésente et un trop-plein d'informations proposées simultanément à l'écran. Les quatre scènes coupées (que l'éditeur a eu la bonne initiative d'introduire par un carton les resituant chacune précisément dans le récit) sont elles aussi d'un intérêt limité, à l'exception de la deuxième (« Arrivée au motel ») qui explique pour quelle raison Adam est abandonné à l'extérieur du bus par les deux autres. Pour les curieux, la troisième scène coupée (« Sortie de placard avant le dîner ») contient un moment particulièrement savoureux : Terence Stamp aux prises avec un épilateur électrique !

Les autres bonus relèvent de l'anecdotique. Les potins de plateau sont dans l'ensemble des interventions ultra-courtes (jamais plus d'une minute) et dignes d'une featurette promo. Parmi celles-ci, les seules à se détacher sont celles de Terence Stamp (qui « est » littéralement son personnage) et des costumiers – concernant ces derniers, il s'agit malheureusement de la seule occasion de les voir au travail. Enfin, un bêtisier et deux bandes-annonces (en anglais non sous-titré) complètent cette interactivité.

Si Priscilla est sorti du carcan de film gay pour devenir une œuvre culte, il le doit en grande partie à son trio d'interprètes principaux, dans lequel deux australiens alors encore inconnus (Hugo Weaving dans le rôle d'Anthony et Guy Pearce dans celui d'Adam) côtoient en la personne de Terence Stamp une star accomplie que l'on n'aurait jamais imaginée participant à un tel film. Les trois hommes apportent à leurs rôles de travestis (pour les deux premiers) et de transsexuel (pour le dernier) une profondeur inattendue, et dépassent ainsi les clichés en faisant de leurs personnages des êtres humains à part entière et non de simples caricatures. Ils sont bien aidés en cela par un scénario intelligent, qui laisse peu à peu de côté les effets choc et un peu gratuits du début (montage « cut », déconstruction du récit par l'insertion agressive de courts flashbacks) pour se recentrer sur les blessures intimes des personnages et prendre une tournure plus sensible.

Anthony, Adam et Bernadette tentent en effet chacun à leur manière d'assumer leur identité en décalage vis-à-vis de la société, et ainsi pouvoir vivre pleinement leurs désirs. Si le caractère déluré et provocateur d'Adam, le plus jeune des trois, le cantonne dans une certaine mesure au rôle de faire-valoir comique, les quêtes des deux autres (trouver un homme avec lequel elle vivra un amour réciproque pour Bernadette, assumer son rôle de père pour Anthony) nous touchent grâce au ton juste et tout en nuances – ni trop distant, ni trop larmoyant – trouvé par le réalisateur et ses interprètes. Loin d'être anecdotiques, les récits modestes mais efficaces de ces destins personnels défendent mieux que mille grands discours le message de tolérance du film, message qui irradie l'écran au cours des deux séquences les plus marquantes de Priscilla, folle du désert : une fête improvisée entre aborigènes et drag-queens autour d'un feu de camp, et le spectacle final où le public reprend en chœur le refrain de la chanson « Mamma mia » de ABBA avec Anthony et Adam. Qui sait, peut-être vous joindrez-vous à eux devant votre écran !

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