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Mémoire du tueur (La) - DVD
Mémoire du tueur (La), 2003
Test DVD - Mémoire du tueur (La)
Rédigé le 23 nov 2004 par
Sandy Gillet
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Avis image
Avis son
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Test technique
Précédé d'une critique flatteuse et d'un succès public hors norme en Belgique, son pays d'origine, La Mémoire du tueur est sorti chez nous dans l'indifférence quasi générale. Et pourtant, voilà un film qui retient définitivement l'attention. À la fois polar à la française façon Melville et thriller rappelant Memento, le film d'Erik Van Looy, dont c'est le troisième long métrage, fait mouche de par le traitement insufflé à une histoire pleine de référents cinéphiliques.

Si l'on devait d'ailleurs en faire le « pitch » (comme on dit maintenant dans les milieux autorisés des médias !), disons qu'il s'agit d'un tueur à gage se sachant atteint de la maladie d'Alzheimer à qui l'on confit un « contrat ». Se découvrant une conscience (on lui demande d'assassiner un père et sa fille), il se retourne contre ses employeurs d'un jour et se fait aider par la police de peur d'oublier les noms de ceux qu'il a décidé d'éliminer.
Le film marche donc un peu selon le principe physique des vases communicants, et débouche in fine sur la thématique de l'apprentissage doublée du rite de passage obligatoire. C'est d'abord le cas au sein même du cerveau du tueur, qui, en oubliant son passé, s'achète une certaine virginité pour mieux passer dans l'au-delà. C'est ensuite le cas de la relation ambiguë qu'entretient le tueur avec l'inspecteur, sorte de maître à disciple renvoyant entre autres au Silence des agneaux, à Manhunter et à Heat (tiens, deux films de Mann !), qui débouchera bien entendu sur une sorte d'admiration teintée de respect réciproque.

La réalisation d'Erik Van Looy appuie cette démarche narrative, somme toute assez classique, par une mise en images réellement décalée rappelant quelque peu celle de Fincher dans Seven : un montage apparemment clipesque mais totalement compréhensible et dépendant, une photo identifiable entre toutes (un bleu vert dominant ici pour accentuer le côté froid et inéluctable des personnages ainsi que l'aspect glauque de l'histoire), et des cadrages inventifs issus de mouvements de caméras peu répandus dans le cinéma européen.
On appréciera aussi la densité de tous les personnages interprétés par des acteurs qui ne nous sont pas familiers, mais dont le jeu inspiré emporte immédiatement l'adhésion. Si l'on pense d'abord au duo flic (Koen De Bouw) / tueur (Jan Decleir) époustouflant, le film fait aussi la part belle à toute une pléiade de seconds rôles, depuis la prostituée de l'hôtel (Deborah Ostrega plus que convaincante), en passant par tout le bestiaire du commissariat (le binôme de l'inspecteur en tête), jusqu'à la galerie des « méchants » corrompus jusqu'à l'os.

Bref, outre les vingt dernières minutes un peu poussives où le film tourne en rond, se cherchant une fin pourtant évidente (le spectateur précède systématiquement l'histoire, les personnages frisent dangereusement la caricature, et le style visuel devient un peu vain), La Mémoire du tueur est une excellente surprise venant d'un pays qui nous avait jusqu'ici plus habitués à un cinéma ancré dans un quotidien à forte résonance sociale (La Promesse, Ma vie en rose, Le Huitième Jour ).
On aurait d'ailleurs aimé que le DVD soit un peu plus disert quant aux origines du projet et aux motivations du cinéaste, soit avoir un making of qui ne soit pas uniquement ce concentré d'images et de musique proposé ici en guise de complément. Certes, nous avons le privilège d'être les témoins de l'envers d'un tournage qui semble avoir été mouvementé, mais ce document n'apporte au final aucune véritable information tangible. De fait, l'éditeur ne propose pas de sous-titres en français, considérant que les extraits du film en VO et les quelques bribes de conversation en flamand que l'on peut tout de même entendre se suffisent à eux-mêmes.

Même réflexion pour le fait de proposer le film au bon format, d'ailleurs. Que dire en effet du constat qui veut que La Mémoire du tueur soit présenté en 1.85 (au passage, la jaquette indique 1.77 !) alors que le film fut projeté en salles en 2.35 ? Une question que nous avons posée à l'éditeur, qui nous a répondu (nous ne faisons que citer) « s'en foutre un peu de quelque chose qui ne va pas l'empêcher de dormir ce soir » (sic et resic !). Il est vrai que, considérant le nombre d'entrées salles réalisées par le film en France, soit très précisément 44 304, on peut penser que sa carrière en DVD risque de ne pas casser des briques. Dont acte !
Il s'agit là tout de même d'un mépris du consommateur fort dommageable, surtout à l'écoute des deux pistes en 5.1 qui retranscrivent fidèlement le mixage appuyé du film, parsemé d'effets chocs et de plages aux ambiances sereines. Au final, inutile de préciser que l'achat de ce DVD est donc loin d'être indispensable, et que si l'envie légitime de découvrir le film vous taraude, il reste la location. À bon entendeur !


