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New York, New York Édition Collector - DVD
New York, New York, 1977
Test DVD - New York, New York Édition Collector
Rédigé le 20 avr 2005 par
Erwan Desbois
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Avis image
Avis son
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Test technique
New York, New York est le genre d'expérience que seul un réalisateur en pleine ascension artistique peut être en mesure de tenter : intégrer ses obsessions à un univers codifié, sans rien sacrifier ni de l'un ni de l'autre. C'est cette même recette que Quentin Tarantino n'a finalement fait que reprendre vingt ans plus tard. Il n'a toutefois pas (encore) poussé l'audace aussi loin que Scorsese, qui ne pouvait trouver genre plus éloigné de son style habituel que la comédie musicale. Le fait qu'il n'ait jamais retenté (même de loin) une expérience similaire dans la suite de sa carrière, ainsi que la retenue dont il fait preuve lorsqu'il évoque le film dans son interview présentée dans les suppléments du DVD tendent à montrer que lui-même n'a pas été complètement convaincu par un grand écart aussi important.

Quiconque a feuilleté son livre Histoire du cinéma américain a pu se rendre compte que Scorsese fait preuve d'une connaissance encyclopédique du cinéma. Cette caractéristique du réalisateur se retrouve d'ailleurs dans son commentaire audio - et rend celui-ci plus intéressant pour les étudiants en histoire du cinéma que pour ceux qui veulent en apprendre plus sur New York, New York. Scorsese est en effet intarissable sur des films de tous genres, périodes et origines, et ce sujet le passionne tellement qu'il en oublie de parler de son long-métrage. Par exemple, l'explication des caractères des deux personnages principaux est très vite éclipsée par un historique exhaustif des comédies musicales de l'âge d'or d'Hollywood, classées par studio, metteur en scène, et même par duo d'acteurs !

Avec New York, New York, Scorsese a cherché à se fondre dans le moule de ces films mythiques. Il a tout mis en uvre pour cela : tournage entièrement en studios dans des décors somptueux (et superbement mis en valeur par une mise en scène flamboyante, faite de grands panoramiques et de plans d'ensemble à la grue), format d'image et cadrages fidèles aux conventions de l'époque... Cette reconstitution flirte avec le fétichisme lorsque l'on découvre de quelles complications techniques elle fut accompagnée, pour un résultat qui passe au final inaperçu pour la grande majorité des spectateurs. Ces problèmes nous sont narrés par les différents intervenants du documentaire Histoires de New York, New York : on découvre ainsi que le procédé de traitement des couleurs souhaité par Scorsese n'existait plus au moment du tournage, ou encore que les immenses décors ont dû être construits à partir de rien, travail faramineux qui n'aurait pas eu lieu d'être dans les années 50 où de tels décors existaient de manière permanente car ils étaient utilisés en continu.

S'il en respecte les codes visuels, Scorsese ne fait pas à proprement parler une comédie musicale, mais plutôt un film sur les comédies musicales. Par exemple, les personnages ne se mettent pas à chanter au milieu d'une scène, mais le font au cours de spectacles ou de répétitions inclus dans le récit ; de même, on suit le processus de création de la chanson-titre par les deux héros (chanson-titre qui, bien que rendue célèbre par Sinatra, fut écrite pour le film, comme nous le rappellent les bonus). En ce sens, l'inspiration de Scorsese est à chercher plus précisément du côté du film de George Cukor Une étoile est née. Comme ce dernier, New York, New York suit la relation sentimentale mouvementée de deux artistes talentueux et rêvant de gloire : la chanteuse Francine Evans (Liza Minelli) et le saxophoniste Jimmy Doyle (Robert De Niro).

Ce dernier (brillant musicien intérieurement torturé et capable de brusques accès de violence) est un personnage typiquement scorsesien, que l'interprétation de De Niro transforme en un cousin des anti-héros de Taxi driver et Raging bull, les deux films qui entourent chronologiquement New York, New York dans la collaboration entre l'acteur et Scorsese. Leur complicité, à son plus haut à cette époque, eut pour conséquence une créativité débridée et un goût particulièrement développé pour les improvisations sur le plateau de tournage. Ces improvisations ne faisaient pas que le bonheur des autres membres de l'équipe, comme on peut s'en rendre compte dans leurs témoignages amusés contenus dans le making-of. L'inventivité constante de De Niro (qui changeait de style à chaque nouvelle prise d'une scène), encouragée par Scorsese, était de nature à mettre mal à l'aise les acteurs qui ne parvenaient pas à suivre le rythme, le directeur de la photo qui ne savait pas où placer les caméras, les producteurs à cause des retards de planning, le monteur qui devait faire face à des problèmes de continuité lorsqu'il voulait monter une scène à partir de différentes prises... et le spectateur face à ce qui apparaît à l'écran comme du cabotinage.

A force d'excès, De Niro rend en effet son personnage beaucoup trop négatif, tout en écrasant la pauvre Liza Minelli, qui a bien du mal à exister face à une telle présence. La relation entre les deux personnages principaux en ressort déséquilibrée, et New York, New York ne décolle du coup réellement qu'après la séparation entre Francine et Jimmy juste avant la naissance de leur bébé. La libération ressentie par Francine rejaillit sur son interprète, qui apparaît transcendée au cours des nombreux numéros musicaux qui rythment le dernier acte, jusqu'au point culminant que représente son interprétation déchaînée de la chanson « New York, New York ». Celle-ci constitue l'aboutissement de la relation entre Francine et Jimmy, leur second enfant, qui les fait se rejoindre sur leur seul terrain d'entente : la création artistique. La fin de New York, New York fut décriée pour ce refus du happy-end, refus qui est pourtant beaucoup plus cohérent du reste du récit que la fin alternative heureuse proposée dans les suppléments. Les intervenants du documentaire Histoires de « New York, New York » ne sont manifestement pas de cet avis, puisqu'ils n'hésitent pas à parler d'un final « raté ».

Que l'on soit d'accord avec eux ou non, cette remise en question de certains aspects du film montre à quel point ce documentaire est épargné par la langue de bois. Comme il s'avère en plus exhaustif sur la création du film, de la genèse du projet à son échec commercial, et ne délaisse aucun aspect technique (tels que l'écriture du scénario, les story-boards, les chansons, les versions préliminaires), ce documentaire est un incontournable. L'autre réussite de ce double DVD est la section des scènes coupées commentées par le directeur de la photo Laszlo Kovacs. Il s'agit en réalité de trois scènes présentes dans la version longue du film, qui dure deux heures et demie et est proposée dans cette édition au même titre que la version courte de deux heures (on vous laisse deviner laquelle a notre préférence). Ces trois séquences commentées sont trois leçons de mise en scène, Laszlo Kovacs apportant à chaque fois un éclairage particulier et pertinent. Par exemple, la scène d'ouverture dans sa version complète (capture ci-dessous) fut tournée trente-six fois... pour en définitive ne pas être retenue dans le montage final.

Ces deux suppléments sont les arbres qui cachent la forêt, car pour le reste cette édition est dans la norme des parutions MGM : passable. Ainsi, l'interview de Liza Minelli s'avère être un grand moment d'humour involontaire. L'actrice y enchaîne méticuleusement tous les clichés de l'interview promo type, définissant un nouveau standard dans la catégorie. Avec un sourire presque effrayant vissé aux lèvres, elle s'avère dithyrambique vis-à-vis de tout le monde (ses parents, Scorsese, De Niro, l'équipe technique), nous conte des anecdotes d'une niaiserie sans fond (ne pas rater celle sur sa descente d'un grand escalier, qu'elle aurait trouvé « terrifiante »... si elle avait eu le vertige), et trouve bien sûr que New York, New York est un grand film auquel elle est fière d'avoir eu la chance de participer.


La navigation dans les menus est elle aussi un exemple de ce qu'il ne faut pas faire. La boucle sonore du menu principal dure moins de cinq secondes, et le passage vers les autres menus se fait toujours par le biais de la même transition - qui exaspère dès la première fois. La mise en forme des suppléments ne vole pas plus haut : les bandes-annonces sont en anglais non sous-titré ; le document consacré aux prises non utilisées est interminable (plus de quarante minutes !) ; les story-boards sont présentés sans possibilité de les comparer avec le film ; et les galeries de photos défilent de manière automatique, ce qui empêche d'en profiter à son rythme alors même que certains clichés (surtout au sein des galeries « Recherche et conception » et « Sur le plateau ») valent la peine de s'y attarder. Mais le fin du fin concerne la courte interview de Martin Scorsese. Non seulement on la retrouve à l'identique sur chacun des deux disques sous des noms différents, mais il ne s'agit en plus que d'un montage de propos du réalisateur contenus dans le documentaire principal. Ce qui fait donc entrer MGM dans l'histoire du DVD, en proposant au total trois fois le même bonus au sein d'une édition d'un film.

L'image de New York, New York bénéficie d'un bon transfert vers le support numérique, avec un contraste et une définition de qualité. Le master employé souffre malheureusement d'un grain très variable : presque invisible dans certaines scènes, celui-ci est très présent dans d'autres (majoritairement des plans larges) où il forme presque un voile sur l'image. En ce qui concerne le son, le stagiaire en charge du remixage 5.1 a dû oublier de décocher l'option « Mono » du panneau de contrôle, tant l'ensemble du spectre sonore est concentré sur la voie centrale. Ce n'est pas très gênant puisque le film était à l'origine en mono, mais ça fait tout de même désordre.
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