Sympathy for Mr Vengeance – Édition collector - DVD

Sympathy for Mr Vengeance, 2002

Alertes
Sympathy for Mr Vengeance – Édition collector
4,2
Image Star Rating 8
Son Star Rating 10
Interactivité Star Rating 7
note 2 country_flag dvd

Test DVD - Sympathy for Mr Vengeance – Édition collector

Rédigé le 28 mar 2005 par Erwan DesboisErwan Desbois

Avis image
Star Rating 8
Avis son
Star Rating 10
Acheter Sympathy for Mr Vengeance – Édition collector sur Amazon.fr
Test technique

Si on ne peut nier que Sympathy for Mr Vengeance est un film extrême, voire insoutenable par moments, il ne s'agit pas non plus de l'étalage de violence gratuite que certains ont voulu y voir. Aussi étonnant que cela puisse paraître, Sympathy for Mr Vengeance se situe même plutôt dans la veine sociale désabusée du cinéma coréen d'aujourd'hui, à l'instar d'un Peppermint candy ou d'un Memories of murder, prouvant une fois de plus la vitalité et la liberté de ton des réalisateurs de ce pays.

Profitez bien de la première scène du film : c'est le seul passage du récit à refléter une certaine et fugitive sérénité. On y est témoin d'une étreinte fraternelle et tendrement filmée entre Ryu, le héros, et sa sœur. Les chances de visionner un agréable petit film sur les relations entre un frère et une sœur dans la Corée d'aujourd'hui sont malheureusement réduites à néant par l'état de chacun des personnages, Ryu étant sourd-muet et travaillant chaque jour jusqu'à l'épuisement dans une usine, et sa sœur ayant besoin d'une greffe de rein pour survivre au cancer qui la ronge. Prêt à tout pour la sauver, et après s'être fait escroqué par des trafiquants d'organes véreux, Ryu décide, avec l'aide de sa petite amie Yoong-Mi, de kidnapper la fille d'un patron afin de payer la greffe avec l'argent de la rançon. Dire que la suite de l'histoire (morts accidentelles ou criminelles, tortures, suicides, et on en passe) va de mal en pis est un doux euphémisme.

Certains trouveront d'ailleurs que les personnages et les péripéties que leur inflige Park Chan-Wook sont franchement outrancières. Pourtant, cette exagération dramatique que l'on retrouve décuplée dans Old boy et la manipulation du spectateur qui en découle ne font en réalité que s'inscrire dans une tradition tragique qui perdure depuis des générations d'auteurs, et donnent à certaines scènes des accents shakespeariens de par leur démesure et leur lyrisme – on pense en particulier aux deux séquences se déroulant aux abords d'une rivière qui sont les deux pics émotionnels du film, situés au milieu et à la fin de celui-ci. La première de ces deux séquences est la clé de voûte du scénario. L'ellipse aussi inattendue que puissante qui la divise en deux parties change brutalement le point de vue du récit, puisqu'elle transmet la fonction de personnage principal de Ryu à Dong-Jin, le bourgeois dont la fille a été enlevée. Toutefois, Park Chan-Wook ne cherche pas à opposer ces deux personnages, mais va au contraire les faire se ressembler en suivant en parallèle leurs deux quêtes de vengeance, aussi absurdement violentes et irrationnelles l'une que l'autre. Ryu et Dong-Jin sont tous les deux le « Mr Vengeance » du titre, des hommes écrasés et poussés à bout par un même système et qui se débattent comme ils peuvent dans la médiocrité et l'horreur quotidienne de leurs existences. Face à l'absence de tout autre échappatoire, ils se jettent à corps perdu dans ces vengeances inutiles qui deviennent plus importantes que leurs vies, et qui se concluent dans un duel final situé dans la même rivière glacée qui a détruit leurs deux vies. Le déroulement de ce duel est à l‘image de leurs quêtes : absurde, risible, et finalement inutile. Car la vengeance n'engendre que la vengeance, et ne peut ramener ce qui a été perdu.

Sympathy... pourrait n'être qu'un film malsain et accablant, s'il n'y avait ce constant décalage imposé par Park Chan-Wook. Les situations les plus accablantes et les plus violentes sont en effet traitées avec un humour acerbe et très, très noir : ainsi, lorsqu'un ex-employé que Dong-Jin a licencié veut se suicider sous les yeux de ce dernier en s'ouvrant le ventre, il doit faire demi-tour pour aller chercher sa veste, dans la poche de laquelle il a laissé le couteau dont il compte se servir, contre-temps incongru et dès lors inévitablement comique… Autre exemple, les quatre adolescents habitant l'appartement mitoyen de celui de Ryu et de sa sœur, et qui se masturbent en prenant les cris d'agonie de cette dernière pour des râles de plaisir. Les scènes de violence tant décriées subissent le même traitement fait d'ironie mordante et d'exagération – mais là, on vous laisse la surprise de la découverte (avec juste un avant-goût ci-dessous).

Cette exagération scénaristique qui parcourt le film du premier au dernier plan est en harmonie avec l'exagération formelle dont Park Chan-Wook, en grand réalisateur, sait faire preuve pour décupler la puissance de son récit. Il fait en effet se heurter une mise en scène aux cadrages extrêmement fermés et géométriques à une bande-son terriblement agressive. L'édition zone 2 de HK Vidéo, qui a une nouvelle fois mis les petits plats dans les grands, offre un rendu parfait de ce travail visuel et sonore. En plus d'un master sans défaut, l'image du DVD propose des couleurs qui restituent superbement le souhait de Park Chan-Wook d'imposer au film une dominante verte, renforçant ainsi l'aspect terne et glauque des décors. Ces choix et les difficultés qu'ils ont engendrées au cours du tournage sont détaillés par Park et son équipe (directeur de la photographie, chef éclairagiste, créateurs des décors et des costumes) dans les documentaires sur la direction technique et la direction artistique de Sympathy…. Deux documentaires remplis d'anecdotes et de détails, qui feraient un making-of parfait si seulement les propos des intervenants étaient illustrés d'extraits du film.

Si l'image est excellente mais pas toujours parfaite (la faute à une définition parfois défaillante, ce qui occasionne des arrière-plans flous lors de certains plans larges), le son offert par ce DVD est ce qui pouvait se faire mieux pour ce film – et ce sur les quatre pistes audio sélectionnables, puisque les versions coréenne et française sont proposées tant en DTS qu'en DD 5.1. Le résultat impressionne dans tous les cas par sa force et sa maîtrise : on pense en particulier à la spatialisation intelligemment mise en forme, puisque le son sait se faire discret quand il le faut, pour mieux exploser lors des scènes violentes – ainsi la séquence montrant le travail à l'usine de Ryu, où le son est littéralement assourdissant. Les bruitages sont très bien mis en avant, respectant de ce fait une nouvelle fois la volonté du réalisateur qui leur a donné une grande importance pour montrer le sentiment d'aliénation que fait peser la société sur les protagonistes du film. Comme il l'explique dans la section consacrée à l'ambiance sonore de Sympathy…, Park Chan-Wook avait même pensé au début du projet se contenter d'effets sonores pour ce film.

Parmi les autres bonus, le commentaire audio du réalisateur Park Chan-Wook accompagné de son confrère Ryu Seung-Wan ne restera pas dans les annales du genre, les deux hommes s'en tenant la plupart du temps à paraphraser assez platement ce qui se passe à l'écran et à se féliciter mutuellement du travail accompli. Ce commentaire est donc vite éclipsé par l'interview exclusive de Park Chan-Wook qui ouvre les suppléments du second disque. Le réalisateur fait preuve de beaucoup d'humour (il dit faire cette interview pour que les spectateurs sachent qu'il est quelqu'un de tout à fait normal et fréquentable malgré ce que le ton très noir du film pourrait laisser penser), et répond aux questions sans user de la langue de bois. Ainsi, il ne cache pas que Sympathy... n'aurait pu exister s'il n'y avait eu le succès monstre de JSA, le précédent film (de commande) de Park Chan-Wook. Il parle également des ambitions thématiques élevées du film, qui en font tout à fait autre chose qu'un étalage de violence gratuite, et de l'accueil plus que mitigé du public, qu'il assume entièrement.

Les interviews des cinq acteurs principaux sont également disponibles. Réalisées pour le DVD coréen et très courtes (entre trois et cinq minutes chacune), elles ne manquent toutefois pas d'intérêt, car les acteurs évoquent sans détours leurs hésitations au moment d'accepter de jouer des rôles aussi extrêmes, ou encore la difficulté d'un tournage éreintant et très demandant.
Les quatre featurettes accessibles dans le sous-menu Making-of sont de qualité inégale. Les reportages consacrés à l'apprentissage du langage des signes par les acteurs ainsi qu'à l'ambiance sur le tournage n'apportent pas grand-chose de plus par rapport aux témoignages des acteurs cités plus haut. Le document sur les caméos est également peu intéressant, puisque les guest-stars du film sont – forcément ! – des personnalités coréennes dont les noms ne nous disent rien, hormis peut-être celui de Ryu Seung-Wan, réalisateur du film d'action No blood no tears. Le reportage le plus captivant de cette section est celui sur les maquillages, qui présente quatre exemples d'effets visuels basés sur des prothèses et des moulages, et qui étonnent par leur aspect artisanal et peu sophistiqué. L'interactivité se conclut par une série de story-boards animés (dont l'on regrette de ne pouvoir les visionner en même temps que la séquence correspondante du film), les filmographies des acteurs et du réalisateur, toujours très soignées chez HK Vidéo, et la article-details_c-trailers du film.

Pour conclure, sachez que Park Chan-Wook est actuellement en train de tourner Sympathy for Lady Vengeance, le dernier acte de sa « trilogie de la vengeance », dont le deuxième volet n'est bien sûr autre que l'ahurissant Old boy.

Liens sponsorisés

Films attendus
W. - L'Improbable président
Mesrine : L’instinct de mort
James Bond : Quantum of Solace
Hellboy 2 : Les légions d'or maudites
Coluche
L'Echange
Harry Potter 6
Séries télé du moment
Heroes
Lost, les disparus
Desperate housewives
Prison break
Grey's Anatomy
Ugly Betty
24
Stars du moment
Jennifer Lopez
Paris Hilton
Jessica Alba
Britney Spears
Eva Longoria
Lindsay Lohan
Carmen Electra