••• Nina Roberts


08 juil 2005 Par Vincent Julé

À l'occasion de la sortie dans une librairie près de chez vous du bien nommé J'assume, l'ancienne hardeuse Nina Roberts revient sur son choix de carrière et surtout sa vie, tous deux indissociables l'un de l'autre. Un livre poignant qui rend cette comédienne aux charmes subtils encore plus fascinante...

T'es-tu posée la question de signer le livre Nina Roberts ou Sophie A. ?
Lorsque j'ai rencontré l'éditeur Scali, l'idée était bien sûr de l'éditer sous Nina Roberts, car c'est un nom qui vend, connu des médias. Puis, il m'a rappelé pour me dire que J'assume n'est pas un bouquin d'actrice porno. C'est différent, et le mieux est de le signer sous mon vrai nom, Sophie A. J'ai tout de suite refusé, je ne pouvais pas mettre mon nom de famille, j'ai un gamin et demain il y aurait eu des mecs qui se seraient pointés devant chez moi pour me faire chier ou pire trouver mon portable sur internet. Imaginez la catastrophe. Je voulais faire un compromis et signer du nom de ma grand-mère mais la couverture du livre était déjà imprimée sous Nina Roberts. J'ai juste pu glisser un « Sophie A. » à la fin de l'intro. Par contre, j'ai un second livre en projet, cette fois sous le nom de ma grand-mère. Mais avant, je tourne dans un long-métrage.

Dis nous en plus !
Un projet fou et délirant réalisé par un de mes potes, complètement déjanté et très connu du porno : HPG. Attention au pitch : un acteur X cool, sorte de cupidon du porno, est dans un avion et sauve les gens qui baisent sans capote en leur balançant des crayons (!!!). Il en a marre de son boulot et est bien décidé à prouver à tout le monde qu'il peut faire du traditionnel. Il emmerde alors tous les gens du milieu, et l'astuce est que chacun campe son propre rôle dans une joyeuse improvisation, comme pour dire que nous, hardeurs, ne sommes pas capables de jouer la comédie. C'est assez drôle, surtout que toutes les scènes de cul seront simulées et en faible lumière.

 


Et ton prochain livre ?
Grosse vache pourrait en être le titre. C'est un roman sur une jeune fille martyre de la cité, de ses codes, sa discipline, sa façon de vivre. En contradiction totale avec cette religion cité – punk contre rap, style grunge contre Lacoste - elle va subir un tas de pression des mecs, de son père toxico, et se réfugiera dans l'anorexie.

 

Ce thème, de l'anorexie et de la boulimie, semble t'obséder. Tu vas écrire encore beaucoup de bouquins dessus ?
Au début, je voulais écrire « être belle et en mourir », et prendre des photos de mannequins à huit heures du matin chez elles sans rien, puis les shooter à nouveau maquillées et habillées. L'effet de duplicité aurait été saisissant. Mais les mannequins ne veulent pas poser sans maquillage, ou pire, elles veulent de l'argent. J'ai gardé l'idée pour Grosse vache, mais j'irai dans les hôpitaux pour photographier des anorexiques, leurs corps anonymes, nus et maigres. Même chose avec quelques nanas de quartier, avec d'un côté ce que je dois être – survêt et col roulé – et de l'autre ce que j'aimerais être – jupe courte et jolies sapes.

 


Ecris-tu seule ?
Je n'ai pas eu de nègre. Je me suis même un peu engueulé avec mon éditeur, lorsqu'il m'a dit, que de toute façon, je n'avais qu'à écrire un guide pratique sur le porno, expliquer aux gens comment on rentre dedans. Je lui ai répondu que j'écrivais ma vie, que j'aime écrire, et que c'était ça ou j'allais voir ailleurs. Je suis sortie en lui balançant mes feuilles. Moins d'un quart d'heure après, il me rappelle et me dit que c'est du pur Baise-moi [de Virginie Despentes], à l'arrache, brut, sans fioritures, et qu'il ne faut toucher à rien.

 

J'assume m'a moins fait penser à Baise-moi qu'à L'enfer des tournantes de Samira Belil.
Je ne l'ai pas lu.

L'une comme l'autre, vous êtes des petites nanas sous l'emprise d'une figure masculine, du poids de la cité, et votre reconstruction emprunte la même logique. Le porno pour toi, un milieu institutionnalisé et peut-être plus sécurisé, et multiplier les aventures pour elle afin de retrouver son image de femme.
Donner son corps pour sauver son âme. C'est pourquoi j'ai voulu consacrer un livre à cette religion cité. Quand on sort de cet enfer, enfin quand on y arrive, on parle et les gens sont si choquésÂ…alors que pour nous, c'était notre quotidien. Il faut libérer cette parole, au risque de déranger, de déplaire. Moi, j'essaie de rester neutre, de ne porter aucun jugement.

 


En tant que lecteur, on ne se donne pas le droit de te juger, c'est ta vie. Mais par moment, on ne peut s'empêcher d'être interpellé. Par exemple, par rapport au porno, lorsque tu dis que le milieu t'as permis de t'en sortir. N'y avait-il pas d'autre moyen ?
Cela a été très difficile pour moi, parce que j'étais à un moment de ma vie, où j'étais toute seule. Mon ex avait réussi à me couper du monde pour mieux me manipuler. Il a viré d'abord mes copines, puis a commencé à faire un boulot sur moi : t'es laide, t'es grosse, t'es moche !! Tu t'enfermes rapidement sur toi-même. Ainsi, lorsque je me suis retrouvée toute seule avec mon fils à Paris, je ne savais pas quoi faire. À la cité, le seul recours dont on parle est l'assistance sociale et cela peut mettre des mois et des mois avant de donner quelque chose. Or, il me fallait un boulot immédiatement, et avec rien d'autre qu'un CAP de coiffure dans les mains, c'était pas gagné. Avec 800 euros par mois, plein de dettes et mon soleil, la solution du porno s'est vite présentée, surtout qu'elle me permettait en même temps de me reconstruire physiquement et mentalement.

 

Est-ce que tu t'es dit au début que si tu le faisais, cela te retomberait bien un jour sur la figure ?
J'ai joué le jeu. Je savais parfaitement où j'allais, et ce que je faisais. J'ai bien réfléchi, j'ai beaucoup parlé, et voilà : si je tourne une scène, je suis cramée, donc autant que j'en fasse 200. C'est pareil, mais je vais être maligne, je vais essayer de faire mon boulot proprement. Refuser les choses qui me débectent genre les scènes de viol, puis imposer le port du préservatif, et enfin me donner un ultimatum. J'ai ainsi dit à ma mère que si dans trois mois jour pour jour, je ne suis pas une star, j'arrête ce métier. Et trois mois plus tard, j'étais en couverture de Hot Vidéo. J'ai ensuite refait mes seins, à la fois pour booster ma carrière, et pour gommer un complexe. Mais je savais que je serais tatouée à vie. Je me suis dit tant pis, je préfère assumer, au moins on te fait moins chier.

La préface de Virginie Despentes éclaire bien sur l'influence du X dans les comportements sexuelsÂ… féminins !
Virginie est une personne formidable, très intelligente. Elle a écrit la préface après avoir lu mon bouquin une fois. Et m'avoir vu une fois. En moins de deux jours à peine, elle a cerné le personnage. Si le sexe est tant dédramatisée chez moi et dans mon livre, c'est parce qu'en effet j'ai été éduquée au travers du porno. Pour combattre cette fatalité, je prépare un deuxième bouquin – encore un, oui ! – avec un sexologue : Sexo, on vous apprend, destiné à la fois aux parents et aux enfants. À 11 ans, les gamins s'intéressent déjà au sexe, tandis que leurs parents les voient encore comme des bébés purs et innocents. Ils découvrent donc le sexe seuls par internet et le cinéma porno. Mon neveu de 13 ans m'a demandé un jour s'il n'était pas impuissant, car il n'arrivait pas à tenir aussi longtemps que dans les films. Je l'ai rassuré en lui disant que si parfois il n'arrive pas à bander, c'est parce qu'il est fatigué, qu'il a des soucis. Le corps est une machine qui fonctionne avec la tête. La loi du silence et le manque de communication sont des réalités. J'en suis l'exemple. Pour moi, les câlins n'existaient pas. Une nana arrive dans une scène, on luit dit pipe-vagi-anal, et elle s'exécute. Sans modèle, ni repères, j'ai fait pareil. C'était ça le sexe pour moi, or dans le porno, il n'y a plus de sexe, de désir ou de fantasme. La dure loi de la performance, d'encaisser deux mecs sans broncher, de faire des gorges profondes sans dégueuler...

Et tu n'as pas de remords d'avoir participé à cette mauvaise éducation, bien que tu t'apprêtes à prouver le contraire ?
Complètement, j'essaie de faire comprendre aux jeunes que le porno ne ressemble en aucun cas à un manuel d'éducation, c'est un simple divertissement pour adultes. S'il est interprété ainsi, comme un jeu, regarder un film X peut s'avérer amusant. Mais malheureusement, ce n'est pas ce qui se fait en ce moment. ce qui se vend, c'est l'éjac faciale, donc difficile d'éduquer les gens...

Dommage en effet que l'on tombe si souvent dans le gonzo. Il y avait une époque où les films s'appuyaient sur une histoire ou au moins une idée : Le Parfum de Mathilde, Le Désir dans la peau, La jeune fille et la puteÂ… Les rares réalisateurs indépendants qui tentent d'explorer aujourd'hui de nouvelles directions se plantent la plupart du temps.
J'ai eu des soucis avec le plus médiatisé d'entre eux. J'ai participé une fois à son site internet, et il m'a demandé de lui faire une fellation. J'ai gentiment répondu que si je lui en faisais une, c'était devant la caméra et rémunéré 200 euros. Cela ne lui a pas plu : je suis une actrice de cul, donc je suce. Attention, être actrice, c'est jouer un rôle et être payée en conséquence. S'il veut se faire sucer, qu'il demande à une pute ou à sa femme. Il m'a alors dit d'aller me faire foutre, et je lui ai rétorqué d'aller se faire enculer. Voilà.

Dans le film documentaire Sex : the Annabel Chong Story, sur la vie de la détentrice du premier plus grand gang bang du monde, un réalisateur X américain raconte que si l'on propose à une fille de coucher pour l'argent, c'est illégal ; par contre, si l'on rajoute une caméra, cela devient légal. Qu'en penses-tu ?
C'est tout à fait vrai, il y a une grosse contradiction dans le porno, surtout que beaucoup d'actrices font de l'escorte. La frontière, c'est la caméraÂ…cela peut paraître mince. Pour moi, la différence est surtout psychologique. Il y a une équipe technique, on est briefé avant chaque scène, on a un contrôle avec des tests HIV de moins de trois semaines, et il est toujours possible de refuser de tourner avec un partenaire. Ce qui, en escorte, n'arrive pas.

Maintenant, tu es au cours Florent ! Qu'est-ce que tu y fais, est-ce enrichissant ?
Je n'y suis plus. Je leur ai fait peur. En fait, je suis rentrée en me faisant passer pour une maquilleuse. Lors d'un examen, il y avait une minute trente de parcours libre. Je suis alors montée sur scène : « Je vais vous faire un aveu, je vous ai menti. Je suis Nina, actrice de X, je réalise des films. J'avais ce poids en moi, et maintenant je me sens libérée. Je voulais que vous me voyiez en tant que Sophie avant de juger Nina. » Florent s'est levé, m'a serré la main et m'a dit qu'il était au courant depuis le début et attendait ce moment. Avec déjà neuf ans de théâtre, je n'ai pas appris tant que ça. Cela fait toujours du bien de monter sur une scène, mais l'école donne l'impression de vivre sur une notoriété acquise. Depuis, j'ai rencontré un agent réputé, et je tente des castings.

Tu as de bons retours ?
Aucun n'a abouti. C'est compliqué. Je ne me fais pas d'illusion et je ne veux pas faire du cinéma à tout prix. Albert Dupontel m'a demandé de faire une apparition dans son dernier film, du genre : « T'es à poil à quatre pattes, un trapéziste te tombe dessus, et tu dis oups ! ». Je n'ai rien contre l'idée de me mettre à poil, mais je demande au moins un peu de texte ! Je sais bien que je ne tournerai jamais pour Lelouch, mais peut-être que quelqu'un comme Asia Argento s'intéressera à mon style et ma personnalité. Toujours est-il que pour l'instant, je me focalise sur mes projets de bouquins, et un documentaire sur ma vie, Le Monde de Nina, qui a plus de 60 heures de rush.

 


Dernière question, qui est « tête de bite » ?
(Rire.) C'est un de mes fans. Il a un classeur entier, rien que sur moi. Dès qu'il me voit, il tremble. Il me fait signer et dater toutes ses photos. Il a d'ailleurs été interviewé pour le doc sur moi : « J'suis pas un pervers, répète-t-il, regarde comme elle est belle... » alors que j'ai sur la photo deux godes dans la bouche !

 

Propos recueillis par Vincent Julé et Didier Verdurand.
Autoportraits en couleur de Sophie A.
Photos en noir&blanc de Lorianne Hall.

Site officiel de Nina Roberts : www.ninaroberts.com

 

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La Rédaction08/07/2005 23:04 par La Rédaction

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