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The Passion of Tom Cruise
25 aoû 2006 | par
Ignace de Bourbillon
Affirmer que Michael Jackson a perdu sa couronne du roi de la Pop n'est plus vraiment la manifestation d'un sens aiguisé de l'analyse, spécialement après qu'il s'en est allé dans les peu médiatiques terres du sultan de Bahreïn suite à ses déboires judiciaires et l'échec de son album, le bien mal nommé Invincible. Il est vrai que le caisson à oxygène, la customisation faciale en hommage à Guernica de Picasso et l'amour qu'exprime ce grand enfant envers les plus petits vont nous manquer, mais ce n'est pas le sujet. La décrépitude d'une star derrière quelques flagorneries pourrait pourtant bientôt s'appliquer à Tom Cruise après la gifle que lui a infligée Paramount / Viacom mercredi dernier.
En effet, le plus vieux studio américain n'a pas souhaité renouveler le
contrat avec Cruise / Wagner, la maison de production fondée par la
star et Paula Wagner, mettant ainsi fin à 14 années de partenariats
privilégiés. Brad Grey, le PDG de la plus ancienne major américaine, a
justifié sa décision en invoquant l'obsolescence des accords face aux
difficultés économiques que subit actuellement le tout Hollywood (à
savoir la baisse inquiétante de la fréquentation des salles). Mais
Sumner Redstone, le PDG de Viacom (l'empire médiatique dont Paramount
est la branche cinéma), va plus loin lorsqu'il met explicitement en
cause le comportement pour le moins particulier de Tom Cruise ces deux
dernières années : « Bien qu'on apprécie le personnage, nous pensions
que renouveler son contrat aurait été une erreur. Sa conduite récente
est inacceptable pour la Paramount. »
Comment
ça inacceptable, M. Redstone ? Alors, aujourd'hui, il est fortement
déconseillé de manifester sa joie en enchaînant des triples saltos à
faire glapir Nelson Monfort sur le canapé de Oprah Winfrey (en direct
et devant des millions de téléspectateurs qui plus est) ? Il serait
interdit de choisir sa nouvelle pouff
euh, compagne par casting ultra
sélectif ? Un peu de clémence, M. Le PDG, pour cet homme tellement
investi par son travail et sa foi scientologue qu'il lui arrive de
confondre les discours et les lieux pour parler torchon et spiritualité
(toujours déductible des impôts ceci dit !) Après tout, il est tout à
fait plausible qu'un V.R.P. de ce calibre subisse moult déformations
professionnelles après 20 ans de bons et loyaux services
même si cela
se fait parfois au détriment d'un des meilleurs Spielberg !
Ce comportement inapproprié est-il véritablement la cause de cette désaffection inattendue ? Il est permis d'en douter. On peut légitimement penser que le sens des affaires « cruisiens » a fini par agacer la Paramount. Il est bien loin le temps où Stanley Jaffe, le prédécesseur de Grey, accueillait à bras ouverts le stakhanoviste du studio dans ses prestigieux locaux de Melrose, pour lui proposer le plus beau pont d'or jamais offert à un jeune premier. Et pour cause : le contrat stipulait que la Paramount devait verser à la toute nouvelle maison de production Cruise / Wagner 17,5 millions de dollars par an pour mener à bien le développement de projets en cours. Mais cette clause n'est rien face aux 20% que s'octroyait Tom Cruise sur les recettes de ses films, qu'il s'agisse des entrées salles, des ventes DVD, Pay per View et autres supports existants. Sur une base concrète, Steven Spielberg a touché des queues de cerise pour La Guerre des Mondes en comparaison des 87 millions empochés par le Cruiser (record à battre). Voilà à quoi ressemblait l'âge d'or de la star.


Hélas pour lui, le plus dur quand on est au sommet est d'y rester. On assiste depuis quelques mois à une authentique descente aux enfers du plus beau sourire figé d'Hollywood. Comme quoi, Dieu existe (puissiez-Vous nous débarrasser d'une façon tout aussi Scorsesienne de Paris Hilton !) Lorsque Brad Grey prend les rênes du studio montagneux, ce dernier n'entend pas laisser Tom Cruise perpétuer son racket ad vitam æternam. Confronté au devis particulièrement salé de Mission : Impossible 3, le nouveau PDG ne prend pas de gant en menaçant de stopper net la production si le budget du film et la participation de la star au bénéfice ne sont pas revus à la baisse.
Grey craint de perdre trop d'argent en cas de contre-performance. Et il a le nez creux puisqu'il est désormais avéré que les ventes DVD du film seront décisives pour dégager une marge bénéficiaire décente. Malgré la clairvoyance du PDG, c'est Tom Cruise qui tire les marrons du feu dans la mesure où il ponctionne la majorité des recettes engrangées par le film, aux dépens de la Paramount une fois encore.
Car Cruise / Wagner est une maison de production assez spéciale : si elle a su faire ses preuves par le passé avec des productions au service de sa star (malgré ses frais courants exorbitants et ses accords d'exception) son taux d'efficacité diminue sensiblement dans les projets où Cruise n'apparaît pas à l'écran. Pour preuve sont les bides monumentaux de Rencontres à Elizabethtown et surtout Demande à la poussière (tout juste 1,1 million de dollars de recette... mondiale). Le studio a très mal digéré ces corrections pendant que Tom Cruise et Paula Wagner empochaient tranquillement leur commission pour avoir développé ces deux films. Autant de raisons qui ne peuvent qu'irriter Sumner Redstone, prêt à raviver la polémique lorsqu'il affirme que M:i:III aurait pu être un carton si la star avait su éviter ses déboires en promo. (voir news correspondante) Promo qu'il avait menacée de ne pas faire si Paramount donnait son accord pour la rediffusion d'un épisode de South Park ! (voir news correspondante)
Et il faut bien avouer que Tom Cruise les accumule depuis qu'il s'est séparé de Pat Kingsley en 2004, la conseillère en image dont le professionnalisme a permis de faire passer la vedette pour un « doux-dingue-gentil-garçon-un-brin-mégalo » pendant plus d'une décennie. Outre les épisodes cités plus haut et connus du monde entier, ne surtout pas oublier les déclarations lapidaires qu'il a proférées à l'encontre de Brooke Shields. En reprochant avec véhémence à l'actrice d'avoir pris des anti-dépresseurs après un baby blues gratiné, chose interdite dans le dogme de Hubbard (fondateur de l'Église de scientologie), Tom Cruise est apparu sous un jour peu reluisant et peut-être plus conforme à la réalité : d'abord comme le plus gros sponsor officieux de Juvamine et surtout comme un ayatollah parti prenant dans un système qui, sous couvert de préceptes pseudo religieux aussi insensés que dangereux, broie ses victimes sans vergogne pour mieux pomper leurs économies.
Faut-il vendre la peau de Tom Cruise ? Pas si sûr.
Paula Wagner a fait part après la décision de Grey et Redstone, de son intention de transformer Cruise / Wagner en une maison indépendante à la manière du United Artists de Chaplin. Elle tablerait sur un financement de 100 millions de dollars par an, avec la possibilité d'atteindre les 300 en cas de projet colossal. Non pas que l'on doute du sens des affaires de Mme Wagner, ni de la véracité de ses propos, mais les choses risqueraient bien de changer. Pour la première fois, son associé n'a plus derrière lui un public indéfectible prêt à passer l'éponge sur ses frasques. Une récente étude tend même à montrer que les Cruise-haters sont en constante augmentation. Les professionnels admettent que la marge de manoeuvre pour l'acteur est étroite. Tous s'accordent à dire qu'une photo de papa Cruise et maman Holmes avec la petite Suri, négociée à prix d'or pour des bonnes oeuvres (non scientologues de préférence) serait un bon début. Attention toutefois à éviter une présentation officielle du nourrison du haut de la fenêtre d'un palace comme l'avait fait Bambi - presque un mentor pour Tom en terme de chute affective !
Car une intrônisation médiatique, aussi traumatisante soit-elle, n'est que peu de choses devant la rudesse d'un baptême sur le bitume !
Les déclarations :
Tom Cruise, à MSNBC :
J'ai
toujours été en désaccord avec la psychiatrie. Avant même d'être
scientologue, j'étais en désaccord avec la psychiatrie. Et quand j'ai
commencé à étudier l'histoire de la psychiatrie, j'ai compris de mieux
en mieux pourquoi je ne croyais pas en la psychologie. Je sais que la
psychiatrie est une pseudo-science.
Voila le problème. Vous ne connaissez pas l'histoire de la psychiatrie. Moi oui. Tout ce que cela fait (les anti-dépresseurs),
c'est masquer le problème. Le déséquilibre chimique, ça n'existe pas.
Il y a des moyens, prendre des vitamines, faire de l'exercice, et
différentes choses... Les médicaments ne sont pas la réponse... (à propos de Brooke Shields qui suivait un traitement après son premier accouchement)
Ce que je dis sur Brooke est qu'il y a mauvaise information, elle ne
comprend pas l'histoire de la psychiatrie, de la même manière que vous
ne la comprenez pas non plus, Matt (le journaliste). Je pense que Brooke Shields est une femme incroyablement talentueuse. Mais où en est sa carrière ?
Brooke Shields, au New York Times :
Ses
commentaires sont dangereux. Il devrait s'en tenir à sauver le monde
des extraterrestres. Suggérer que j'avais tort de prendre des
médicaments pour soigner ma dépression et qu'à la place j'aurais dû
prendre des vitamines et faire du sport révèle une grande
méconnaissance de la dépression post-partum et de l'accouchement en
général. Je me suis sentie obligée de réagir (aux propos de Tom Cruise)
non seulement pour moi mais aussi au nom des centaines de milliers de
femmes qui souffrent de dépression post-partum. Si toutefois les
déclarations ridicules de M. Cruise peuvent servir à quelque chose,
souhaitons qu'elles puissent aider les gens à mieux prendre conscience
de cette maladie grave.
Katie Holmes, source inconnue :
Tom Cruise is great ! (La galerie photos en bas de page est plus intéressante)
Penélope Cruz, à la Première de Volver à Londres :
J'ai vu Suri. Elle est très belle. Elle est vraiment spéciale, c'est l'un des plus beaux bébés qu'il m'ait été donné de voir. (La galerie, à laquelle vous pouvez accéder en cliquant sur la photo ci-dessous, est aussi plus intéressante)
Sumner Redstone (Président de Viacom / Paramount Pictures), au Wall Street Journal :
Cela n'a rien à voir avec ses talents d'acteur. C'est un acteur fantastique. Nous ne pensons pas que quelqu'un qui effectue un suicide professionnel et fait perdre de l'argent à l'entreprise ait sa place chez nous. (...) La façon dont il s'est récemment conduit n'est pas acceptable pour Paramount.
Paula Wagner (Associée de Tom Cruise), à Extra, une filiale de Warner :
Les
remarques que peut formuler M. Redstone au sujet de Tom Cruise en tant
que personne ou acteur sont sans rapport avec cette question
professionnelle. Je ne comprends pas pourquoi cette affaire se
transforme en attaque personnelle. Parce que c'en est une. (...) Le
studio doit avoir d'autres motifs en tête pour critiquer de cette
manière l'un de ses principaux atouts. (...) En fait, nous avions déjà
pris la décision de ne pas continuer notre partenariat avec Paramount
Pictures.
Celle-la, elle est vraiment bonne !
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