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Martyrs - Preview cannoise
21 mai 2008 | par
Vincent Julé
Il était attendu, très attendu. Et à peine le pied posé sur la Croisette, des rumeurs courent déjà à son sujet. Il aurait été refusé par toutes les sélections, et plus précisément La Quinzaine des réalisateurs et La semaine de la critique. C'est donc au Marché du Film qu'il sera présenté et visible pour la première fois. Car il y a pire, après deux passages devant la Commission de classification, il s'est vu octroyer à chaque fois d'une lourde interdiction aux moins de 18 ans, comme Saw III fin 2006. La sortie prévue pour le 18 juin prochain serait même compromise. Vinyan de Fabrice Du Welz, lui aussi distribué par Wild Bunch, connaîtrait des déboires similaires avec une fin trop éprouvante à changer, remonter ou autre. Des infos à confirmer et à étayer bien sûr.
Mais toujours est-il que Martyrs jouit d'un buzz aussi impressionnant que son aura est mystérieuse. Après s'être fait la main sur Saint-Ange, le réalisateur français Pascal Laugier aurait pour son deuxième long-métrage passé la vitesse supérieure, n'aurait pas seulement accouché d'un simple survival, horror flick ou shocker mais bien d'une œuvre à la croisée des genres, des influences. Des photos sporadiques, une preview juteuse dans Mad Movies, un pitch simple voire simpliste... mais à chaque fois cette drôle d'impression, ce malaise relayé par des témoignages, des anecdotes. A Deauville Asie, Vahina Giocante confiait que Pascal Laugier lui en voulait encore un peu d'avoir abandonné le projet. Mais elle ne se voyait vraiment pas dans un tel rôle alors qu'elle est mère de famille. A quoi Mylène Jampanoï ajoute que c'était maintenant ou jamais, et de toute manière avant d'avoir des enfants. Pascal lui a ainsi demandé de voir et revoir Possession de Andrzej Zulawski pour se préparer. Enfin, lors de la promo de The Eye, David Moreau, qui avec Ils partage le même producteur Richard Grandpierre, assure que le film repose sur une « jolie » idée.
Après la et même les projections, le constat est là. Martyrs est un film inégal, atypique mais unique, qui célèbre le genre et le transcende pour toucher à son essence même. Si dans la salle, les réactions ont mêlé claquements de siège, soupirs, écoeurements, un rire et un silence de plomb, parmi les fans français du genre, le bilan est unanimement positif. Le film n'est non pas une claque, comme avait pu l'être A l'intérieur, mais un choc. Un choc immédiat et définitif pour les uns, un choc latent et pernicieux pour les autres - pour moi. Car sur le coup, Martyrs surprend, déçoit même. En effet, pendant près de 45 minutes, il ne fait que suivre son pitch de départ. Début des années 70 en France, une petite fille, Lucie, est retrouvée après quatorze mois de séquestration. En convalescence dans un institut, elle se lie avec une autre gamine traumatisée, Anna. Toutes les nuits, elle est terrorisée par une monstrueuse apparition. Quinze ans plus tard, on sonne à la porte d'une famille ordinaire. Le père ouvre, se retrouve nez à nez avec la même fillette devenue femme, armée d'un fusil. Elle lui tire dessus...
Pascal Laugier en profite pour mélanger
les formes, d'une imagerie survival
aux archives vidéo en passant par une esthétique clinique à la Haneke, ainsi
que les figures du cinéma d'horreur comme la vengeance, les monstres et la
torture. Des partis pris qui peuvent passer pour des maladresses tant la
narration épouse le labeur des personnages entre ennui et hystérie, calme et
tempête, psychologie sommaire et violence frontale. Ou encore une Morjana
Alaoui approximative et une Mylène Jampanoï habitée. Puis vient la
« jolie » idée, qui remet tout le film en perspective. Un concept original, audacieux mais ô combien
casse-gueule. Son traitement l'est d'ailleurs encore plus, et le réalisateur ne
fait pas que l'évoquer telle une révélation finale, il le met en scène et
l'emmène dans ses derniers retranchements. La violence se fait autre, répétitive, anti-spectaculaire, et c'est un vrai tour de force. Le film
tient alors moins du film de genre que de l'objet théorique, passionnant et entêtant. Kitsch pour certains et génial pour tous les autres, humain
ou nihiliste selon les interprétations, c'est ce qui fait de Martyrs une œuvre qui brûle les
doigts. Et espérons très vite, les écrans et les esprits.
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