Esprit cathodique - Numéro 15


09 mai 2008 | par Patrick AntonaPatrick Antona

 

Samedi 10 Mai

 

 

Scorpion

Canal + Décalé

23 :00

Préposé à illustrer les acrobaties des « Yamakasi » dans leurs deux tentatives cinéma (Yamakasi, Les Fils du vent), Julien Séri s'est enfin affranchi de ses bondissants compagnons pour s'offrir un pur film de free-fight bourrin et ultra-calibré. Avec le protéiforme Clovis Cornillac, à nouveau dans ses œuvres, et adoubé par le champion français de la discipline Jérôme Le Banner, Scorpion fleure bon le mariage réussi entre l'action-movie à l'américaine et le drame social à la française, même si on peut penser que le tout est un peu convenu. Il n'empêche que tous les espoirs sont permis pour que la prochaine association Séri/Cornillac soit encore plus marquante, dans un projet encore titré « Le Guetteur » et dont la parenté avec un certain Punisher semble des plus évidentes. 

 

 


 

 

 

Dimanche 11 Mai

 

 

Mon nom est personne

W9

20:45

Ultra-multi-diffusé à  la TV, le western comique italien Mon nom est personne est de ces plaisirs que l'on ne se refuse jamais. Porté par une des musiques les plus célèbres d'Ennio Morricone (qui n'en a jamais siffloté les quelques notes?) et par l'interprétation magistrale de Terence Hill (Mario Girotti pour l'état civil italien) en clown iconoclaste venant bousculer la tranquillité du vieux loup Jack Beauregard (Henry Fonda) qui cherche à quitter son statut de légende de l'Ouest, Mon nom est personne est le chant du cygne à la fois du western italien, qui atteint ici une forme d'apogée, mais aussi d'une certaine représentation que les européens se faisaient du western américain. En parallèle du duel d'yeux bleus que se livre Terence Hill (désolé pour les fans, ce sont des lentilles) et Heny Fonda, Mon nom est personne fut le terrain de la lutte que se livra le réalisateur Tonino Valerii et son producteur, l'ogre Sergio Leone, ce dernier n'hésitant pas à retourner dans son dos des séquences parodiques pour saboter le travail de son élève, Valerii ayant été l'assistant de Leone sur la série des « Dollars ». Ce qui n'empêcha en rien le film de devenir un maître-étalon du genre.

 

 


 

 

Lundi 12 Mai

 

 

Indiana Jones et la Dernière Croisade

Rocky 3, l'œil du tigre

M6

M6

20:50

22 :55

Dernière ligne droite avant la sortie de Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal au cinéma le 21 mai prochain, Indiana Jones et la dernière croisade est le film le moins abouti de la série. Décevant que ce soit au niveau de l'intrigue (Spielberg offre James Bond comme père à Indiana pour ne rien en faire) que de l'imagerie (transparences visibles dans les scènes d'action, séquence de chausse-trappes peu inventive en guise de final), le film ne reste en mémoire que pour la séquence vraiment spectaculaire de poursuite dans le désert avec le tank, et une certaine misogynie complètement assumée, le perso de Elsa Schneider étant une des rares salopes intégrales de la filmographie du wonder boy. Il est vrai à qu'à l'époque Steven Spielberg divorçait avec fracas de sa première femme Amy Irving, ceci expliquant cela.

 

Avec Rocky 3, l'œil du tigre en 1982, Sylvester Stallone allait entamer la période faste de sa carrière, commercialement parlant, enchainant par la suite les succès à la pelle (les 2 premiers Rambo, Rocky 4, Cobra) et se chopant au passage le méga-melon. Véhicule parfait pour l'égo surdimensionné de l'étalon italien, le 3° Rocky, avec sa classique trame de l'idole des foules qui tombe de son piédestal et qui retrouve la grâce en se retournant vers les fondamentaux du noble art (travail, humilité, fraternité), est l'épisode qui pose son acteur/réalisateur comme représentant in fine du rêve américain, ainsi que celui qui introduit le style du vidéo-clip au montage cinéma dans les 80's, avec dans sa bande-son le méga-hit du rock-band Survivor. 

 

 


 

 

Mardi 13 Mai

 

 

La cité de la violence

NT1

22:25

Non content d'avoir attiser les derniers feux du western, les cinéastes italiens ont aussi redonner un bon coup de sang neuf dans le polar violent dans la fin des années 60 et le début des années 70. Sergio Sollima est de ces grands artisans qui avec La Poursuite implacable, Le Diable dans la tête et cette Cité de la Violence (toutes des coproductions franco-italiennes) a réussi à construire une œuvre marquante dans le genre. Utilisant à merveille le couple Charles Bronson/Jill Ireland dans cette histoire de trahison dans le milieu de la mafia, le réalisateur italien enfile les séquences spectaculaires avec un sens aigu de la caméra et fait encore preuve de son pessimisme manifeste quant à la nature humaine. Un petit bijou à ne pas rater, comme nombre de films policiers italiens de cette époque bénie.

 

 


 

 

 

Mercredi 14 Mai

 

 

Kekexili : la patrouille sauvage

Les Diables

Canal+ Cinéma

Cinécinéma Classic

20 :50

22 :20

La Chine et le Tibet faisant les grands titres de l'actualité ces derniers temps, il est bon de découvrir avec Kekexili un autre versant des relations complexes qui se jouent entre les populations qui vivent sur le toit du monde. Décrivant le quotidien de gardes-chasses chinois qui tentent de préserver les dernières antilopes des fusils des braconniers, le film de Lu Chuan est à ranger dans la catégorie de ces films « d'hommes », âpre et réaliste, et brosse à nouveau un visage peu reluisant de la Chine moderne et de la corruption qui y règne. On attend toujours le dernier film de ce réalisateur, sur les massacres de Nanking en 1937 où la population chinoise (on parle de 300.000 victimes) fut massacré par l'armée japonaise.

 

S'inspirant de l'affaire des diables de Loudun (un cas d'hystérie collective dans un couvent au 17° siècle), Ken Russell fait encore preuve de sa maestria et de son sens de la démesure pour faire de ses Diables un pur chef d'œuvre. Drame baroque et rock'n'roll (l'interprétation de Michael Gothard en prêtre exorciste ne laisse aucun doute), Les Diables de Ken Russell est tout autant une fantaisie historique, se basant sur des faits sérieux  (la montée du pouvoir central et despotique en France), qu'un véritable film d'épouvante, avec ces scènes délirantes de ces nonnes « possédées », en pleine crise orgiaque, seul moyen de libération de leurs névroses et de leurs frustrations. Un pur bijou d'anti-cléricalisme éclairé, qui en outre bénéficient des prestations hors pair de Olivier Reed et de Vanessa Redgrave, impressionnante en Mère Jeanne des Anges bossue et rongée par la culpabilité.

 

 


 

 

Jeudi 15 Mai

 

 

Poupée diabolique

Tarzan, l'homme singe

Ciné FX

Cinecinema Famiz

21 :00

22 :20

Ciné FX a entamé depuis un peu un cycle consacré au cinéma horrifique anglais, en dehors de la Hammer. Crédité au faiseur Lindsay Shonteff, mais Sidney J. Furie était aussi de la partie, ce Devil Doll cuvée 1964 ne possède pas la force du film homonyme de Tod Browning mais reste une bonne illustration du thème de la poupée de ventriloque qui vient à la vie, le tout se passant dans les bas-fonds londoniens magnifiés par le noir & blanc. Autre argument à mettre en avant pour découvrir cette petite rareté, la demoiselle en détresse du film n'est ni plus ni moins que la sculpturale scream-queen Yvonne Romain, déjà à l'affiche dans plusieurs productions de la Hammer, dont La Nuit du loup-garou.

 

Plaisir coupable de la semaine, la version des aventures de l'homme-singe le plus célèbre au monde signée en 1981 par John Derek est ce que l'on peut appeler un pur nanar. Prétexte à exhiber les charmes dénudés de sa compagne, la blonde Bo Derek (découverte cinématographiquement dans Orca et surtout Elle de Blake Edwards), Tarzan l'homme-singe version 1981 avait déclenché chez les adolescents de l'époque un regain d'intérêt pour le retour à la vie au grand air et les bienfaits de la nature préservée. Le film n'en demeure pas moins mémorable pour une séquence purement croquignolesque et inénarrable: celle où l'ingénue et blonde Jane tente de rallumer la sexualité défaillante d'un orang-outang ! Pour en revenir à John Derek, l'heureux homme qui fut marié à Ursula Andress et Linda Evans finit le restant de sa vie avec Bo, jusqu'à sa mort en 1998.

 

 


 

 

Vendredi 16 Mai

 

 

Le vampire de l'île du diable

Bubba Ho-tep

Ciné FX

Arte

21 :00

23 :20

Film anglais de 1972, Le vampire de l'île du diable aka Tower of Evil est un de ces prémisses du slasher américain, à l'identique de l'italien La Baie sanglante, qui pose les bases d'un genre dont les constantes ne vont varier que peu par la suite. En lieu et place d'adolescents pré-pubères cherchant à perdre leur pucelage sur les rivages de Crystal Lake, l'action ici prend sa place dans un phare sur une île perdue au large de la côte anglaise où sont venus s'encanailler de jeunes hippies en quête de sensations fortes. Le film de, Jim O'Conolly (La Vallée de Gwangi) porte bien la marque de son époque, psychédélique par sa forme et narquois sur le fond, et réussit à ménager quelques moments horrifiques des plus efficaces, dont une scène de décapitation assez choc.

 

Balade nostalgique et fantastique sur le devenir des vieilles gloires oubliées de l'Amérique, représentées par un Elvis survivant mais grabataire et un JFK dont le cerveau a été transplanté dans celui d'un noir du Sud, Bubba Ho-Tep a permis au trop rare réalisateur Don Coscarelli de se remettre en selle, signant par la suite un des meilleurs épisodes de l'anthologie Master of Horrors. Quant à l'incarnation de Bruce Campbell en Elvis combattant la diabolique momie mangeuse d'âmes, elle demeure un des sommets de celui qui est l'acteur-fétiche des fans du cinéma d'horreur, mais qui gagnerait à être aussi celui d'une bien plus grande partie du public. Raison de plus pour rester veiller tard ce vendredi et de regarder cette seconde partie de soirée sur Arte, qui fait encore la preuve de son grand éclectisme culturel.

 

 


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