David Moreau & Xavier Palud (The Eye)


06 avr 2008 | par Vincent JuléVincent Julé

Lors de notre dernière rencontre en juillet 2006, on les avait laissés avec un film sur le point de sortir, un billet assuré pour les States et deux projets entre lesquels leur cœur balançait. Après 200 000 entrées pour Ils, le remake de The Eye dans la boîte, un cut final qui leur a échappé mais plusieurs dizaines de millions au box-office, David moreau et Xavier Palud sont de retour... et ils sont pas contents ? Bah si, en fait, car l'aventure américaine s'est révélée enthousiasmante, frustrante, surprenante, énervante, mais de bonne école. Et si pour ce genre de projets malmenés, maudits, la vérité est souvent ailleurs... pas cette fois ! Deux voix pour une vérité sur Hollywood, et son envers du décor.

 

 

La dernière fois, en plus du remake de The Eye, vous étiez sur des projets dont vous ne pouviez alors pas parler.

David Moreau et Xavier Palud : Il y avait le remake de La dernière maison sur la gauche, Motel... et un autre qui était... que Joel Schumacher a fait et qui va bientôt sortir : Wolf Creek, euh non, Town Creek.

 

Et qu'est-ce qui vous sa  décidé à vous lancer sur The Eye plutôt qu'un autre ?

Xavier : Les autres étaient peut-être trop violents. On voulait plutôt retravailler la suggestion comme on l'avait fait dans Ils, mais avec plus de moyens. Et The Eye était le sujet parfait, avec cette jeune femme qui réapprend à voir. On pouvait vraiment créer la confusion, se demander si elle n'était pas folle, si ce qu'elle voyait était vrai ou pas.

David : On nous a proposé beaucoup de survival, et celui-ci n'en était pas un, il était plus question de personnages, d'une réelle construction narrative. Un survival, c'est presque qu'un seul acte.

Xavier : C'est aussi un vrai coup de cœur pour le script. On n'a jamais été vraiment fan du premier, et si on nous avait demandé de quel film vous vouliez faire un remake, on aurait jamais pensé à celui-là, mais en fait, les directions qu'a pris Sebastian Gutierrez l'a rendu plus cohérent. Le personnage principal est plus en danger, car le violon n'est plus un hobby mais sa passion, son métier, et le son, sa manière d'exister. Donc ce qui lui arrive est décuplé. On ne l'a finalement jamais envisagé comme un remake.

 

 

Et sur le tournage, comment ça s'est passé ? Combien de producteurs étaient derrière le combo ?

David : Non, en fait, ils ont pas le droit de regarder le combo quand tu fais un film Director's Guild. Sinon, pour nous deux, cela s'est passé comme sur Ils, bien que les Américains aient moins l'habitude de travailler avec des co-réalisateurs.

Xavier : On avait en fait deux producteurs de Cruise-Wagner Productions et un pour Lions Gate. Mais étant nous aussi deux, on était en position de force et on pouvait dire non. On l'a d'ailleurs fait.

 

Vous n'avez pas rencontré les mêmes soucis qu'Eric Valette sur One Missed Call ?

David : Il a eu le tournage dur et le montage dur. Nous, on a eu que le montage. En fait, comme Cruise et Wagner prennaient United Artists au moment où on tournait, ils avaient pas le temps d'être sur le plateau, surtout qu'on était à Albuquerque.

 

 


 

 

Vous avez pu faire le film que vous vouliez, mais qu'est-ce qui s'est donc passé au montage ?

Xavier : En fait, de quelque chose d'artistique, on est passé à quelque chose d'exclusivement politique et économique. C'était une perpétuelle lutte de pouvoirs entre trop d'intervenants, où chacun veut changer des choses, et vous, vous êtes au milieu. C'est pas évident.

Comme ce qui se passe en ce moment sur L'incroyable Hulk, entre Edward Norton et la production, avec Louis Leterrier au milieu.

Xavier : C'est que disait aussi Florent Emilio Siri pour Otage, vous avez votre cut, et en parallèle, il y a celui de la production et celui de la star, Bruce Willis pour le cop. Après, c'est de la politique.

 

Et vous, vous avez abandonné ?

Xavier : Jamais, jamais, même si ça a été très dur. Il faut dire que notre productrice était un peu particulière, elle va te demander des reshoots parce qu'elle n'aime pas la couleur d'une robe. Et comme elle travaillait avec un studio extérieur, elle n'a pas pu avoir tout ce qu'elle voulait du premier coup.

 

 

 

Comment  Patrick Lussier (Dracula 2001, La voix des morts 2) en est arrivé à assurer les reshoots ?

Xavier : Après maintes tergiversations, on a dit non, on ne tournera pas ça.

David : Là, on s'est fait baiser la gueule, c'est qu'on croyait qu'en disant non, ils retravailleraient juste le montage. Mais ils ont retourné quand même.

Xavier : On pense avoir fait le bon choix, d'avoir défendu notre vision. Surtout que ce qu'il proposait n'était pas pour le bien du film, mais découlait plus d'une lutte de pouvoirs. On sait bien que c'est un film de commande, on n'est pas naïf, mais c'est juste fatiguant et frustrant de voir qu'autour...

David : On n'a pas été assez politique, on a fait le film avec notre cœur, alors que les Américains, ils tournent les commences comme ça, à la chaîne, ils s'en foutent un peu. Notre manière d'appréhender le film et le tournage a d'ailleurs surpris beaucoup de monde. Jessica Alba n'a pas compris sur le coup, puis elle a adoré. Aujourd'hui, il faut plus rapprocher le cinéma hollywoodien de la publicité que de l'art, et encore moins de quelque chose de personnel.

 

 

Il faut dire que vous êtes passés du petit film indépendant avec Ils à la grosse production avec tête d'affiche.

David : En effet, la marche était haute, mais on ne regrette rien.

Xavier : C'est la plus grande école qu'on ait jamais eue.

David : Quand ils ont notre cut, ils ont dit c'était un chef d'œuvre, mais pour un film européen. On va d'ailleurs essayer de le sortir en DVD.

 

Et vous avez vu le cut final, celui de Patrick Lussier ? Vous avez eu votre mot à dire ?

Xavier : Ouais, ouais, sur deux, trois trucs. (rires)
David : On s'est battu, mais quand tu as affaire à un mec comme Patrick Lussier, qui est un bourrin, avec zéro talent et qui va là où est le pouvoir... même si c'est un très bon monteur. Sauf qu'il est avant tout là pour soutenir la vision d'un metteur en scène. Or, avant de montrer notre cut, il nous a dit, c'est mortel, je suis fier d'avoir fait ce film avec vous, on va se battre ensemble... Et le lundi, d'après, clac !
Xavier : Là-bas, ce qui est terrible, c'est que tu n'as pas d‘amis. Même si c'est que du boulot, tu deviens vite familier, et nous, on s'est battu pour avoir Patrick Lussier comme monteur car on n'aimait pas du tout le précédent. On l'a défendu... ce qu'on n'aurait jamais dû faire.

David : Et on n'a pas viré assez de gens aussi. (rires) Histoire de montrer qui était le patron.
Xavier : Ce qui est triste aujourd'hui, c'est qu'il n'y a plus de films de studio vraiment intéressants, car ce ne sont que des financiers et non plus des producteurs comme à l'époque de Robert Evans. Maintenant, c'est : je vais prendre George Clooney et Harrison Ford, un duo qu'on a pas encore vu, il me faut aussi un gros budget, je fais péter la tour Eiffel et on va faire un  thriller histoire que ça ait de la gueule... Voilà, comment ça marche. Ils raisonnement par formules. Sans parler du fait qu'ils n'y connaissent rien. Le premier guide pour eux, c'est les images. Maintenant qu'on a vu à quoi ressemble le film, on va faire des reshoots.

 

Les rushs du soir.

Xavier : Même pas, au montage. Du genre, maintenant qu'on a vu, on va faire le film comme ça.
David : Dans tous les budgets, il y a une grosse enveloppe destinée aux reshoots, ils le font de plus en plus. On donne de moins en moins au tournage pour capitaliser sur les reshoots, alors qu'en France, tu as un budget et tu t'y tiens, tu te bats.

 

 

Et vous êtes prêt à y retourner ?

David : Comme on arrête de réaliser ensemble, c'est plus difficile...

Xavier : Et puis quand il y a un bon script, ce qui est rare,  il y a déjà 15 réalisateurs dessus. Si par chance, on te demande de le lire, c'est bien souvent pour faire jouer la concurrence et avoir au final le réalisateur auquel ils pensent depuis le début. Si The Eye avait fait 150 millions, pourquoi pas, mais on est à 32, ce qui est déjà pas mal.

 

Alors les projets, en France ?

David et Xavier : Ouais !

David : Moi, c'est en France, mais en anglais. Aujourd'hui, tu peux avoir en Europe autant de pognons qu'Etats-Unis mais sans avoir les studios sur le dos. Ce sera un thriller, mais je ne peux pas en dire plus pour le moment.

Xavier : Moi, c'est d'après un bouquin, et je travaille sur le scénario actuellement.

 

Propos recueillis par Vincent Julé

Autoportraits par David Moreau et Xavier Palud

 

 

 


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