••• HPG


26 déc 2005 Par Vincent Julé


Le Rocco Siffredi français, le pornocrate préféré des cinéphiles, Dieu à tête de taureau, et surtout en érection, chez Olivier Py… Hervé Pierre-Gustave ne manque pas d'étiquettes, ni de cordes à son arc. Il en jouerait même pour soigner son image d'acteur porno « auteurisant », ou de cinéaste classique sulfureux, c'est selon. Il ne fait, à vrai dire, pas de distinction fondamentale entre son travail dans le X et le traditionnel. Ainsi, avec 15 ans de carrière et plus de 1 000 films porno, cela ne l'a pas empêché d'avoir par deux fois les honneurs de la Cinémathèque française avec ses films en forme de journaux intimes (Acteur X pour vous servir et HPG, son vit, son œuvre) ou son court Hypergolique. Avant l'année 2006, et si tout se passe bien la sortie de son premier long au cinéma, il n'était pas inutile de faire le point avec lui…. par elle.

Est-ce une question piège de te demander comment et par où tu as commencé ?
J'ai en effet déjà répondu à ces questions des milliers de fois, donc cela ne m'intéresse plus trop de revenir dessus. Tu n'as qu'à piocher là-dedans... (Il tend son CV détaillé, que vous pouvez retrouver sur son site officiel.) . Mais, pour faire très court, j'ai été jeune, moche et donc nul avec les filles. Je me suis crée beaucoup de fantasmes, et dès que j'ai pu les mettre en pratique, grâce au porno donc, j'y suis allé à fond. C'était le moyen le plus rapide et le plus efficace pour exorciser mes vieux démons.

Comment s'est passée alors la transition vers le cinéma traditionnel ? Comment expliques-tu tout simplement cette attirance?
Je ne fais fondamentalement pas de distinguo entre le porno et le traditionnel. Il y a autant de mauvaises choses dans l'un comme dans l'autre. La qualité n'est pas une question de genre. Moi, je ne travaille que sur l'instantané (-ité même) des gens. Par exemple, pour un gonzo, je demande à une femme si elle veut coucher avec moi. Si la réponse est non, cela devient tout de suite intéressant, et le scénario s'écrit de lui-même. Alors, pourquoi le traditionnel, tout simplement parce qu'à 39 ans, et près de 20 ans de carrière, je commence sérieusement à tourner en rond.

Tu penses avoir fait le tour de LA question.
Oui et non. À la différence des filles, nous les garçons avons un côté jeune chien fou, nous ne sommes jamais lassés par le sexe. J'ai couché avec plein de nanas (Plus de 800, Ndlr.) pourtant il suffit qu'il y ait une nana un peu jolie et une banquette pour que je sois heureux comme un chiot. J'ai gardé mon côté obsédé, sans être tributaire des fantasmes pour être excité.

C'est pas très courant… c'est même un vrai talent.
La plupart des garçons, dits normaux, n'osent pas s'assumer, ce que je fais sans problème. Il existe des mecs qui donnent des conseils sur ta vie de couple ou sur la manière de coucher avec telle nana sur un tournage, mais quand tu vois la tête de leur compagne et la qualité de leur relation, tu rigoles bien. Il ne faut pas se leurrer, tous les mecs sont tributaires de leur vie sexuelle, mais tous n'osent pas l'assumer. Donc oui, c'est un talent, surtout que depuis l'arrivée du viagra, j'appartiens à une espèce en voie de disparition. Si tu ne bandes pas, il y a une équipe de quinze personnes qui attendent ton érection derrière la caméra, donc il faut une mécanique bien huilée. Ce que j'ai…. d'ailleurs, excuse-moi, mais parler de sexe avec une jeune fille, cela m'excite. T'as pas envie que l'on fasse l'amour ?

(Rire.) Non !
Ok, c'est bon, il fallait juste que je te le demande.

Justement, j'ai une question là-dessus, puisqu'il est de notoriété publique qu'il t'arrive de coucher avec les journalistes.
C'est déjà arrivé en effet. À force d'en parler, cela en excite certaines. Genre, elles me demandent comment on fait pour avoir une érection. Je leur réponds qu'il faut arrêter de parler, et que le mieux est que je leur montre tout simplement.

Tu n'utilises donc pas de viagra du tout ?
À vrai dire, si j'ai créé ma propre boîte de production, c'est parce que je commençais à avoir quelques petits problèmes d'érection sur certains films. Maintenant, si un film ne me plaît pas, je ne le sors pas, et je me focalise ainsi sur ceux qui me font bander comme un fou.

N'y a-t-il pas d'autres trucs ?
Certains acteurs se piquent dans la queue avec des vasodilatateurs, mais c'est surtout répandu dans les pays de l'Est.

La cocaïne aussi ?
En effet, dans le documentaire Une vie classée X de Mireille Darc (diffusé le 29 octobre dernier sur France 3, Ndrl.), Ovidie dit qu'il y a beaucoup de cocaïne dans le business, mais c'est moins pour bander que pour s'éclater. Parce que je défie quiconque de prendre un rail de coke et après d'avoir une érection, c'est antinomique. Pour te dire, j'ai une tradition le samedi, c'est de faire une fête, un tournage festif même, et en général tout le monde est moins performant.

C'est quoi exactement un tournage festif ?
Le scénario se résume à boire et à fumer, puis à faire une scène de cul. Voilà, c'est juste pour se détendre… et en faire profiter ma boîte de prod par la même occasion, puisque je revends ces films à des chaînes câblées. Ce sont des gonzos.

Avec des professionnels ?
Uniquement. Je ne suis pas du genre à faire des partouzes. Je ne préfère pas mélanger les milieux, peut-être parce que je ne suis pas excessivement social. Je ne bosse donc qu'avec des pros et des acteurs que je connais. Par contre, en matière des bonnes femmes, j'évite plutôt les hardeuses. Mais bon, toujours est-il que je suis justement en train de faire venir les plus belles nanas de la terre sur Paris pour un joli film. Des filles des pays de l'Est surtout.

 


Elles sont vraiment très jolies ?
Très, très belles… beaucoup plus que les françaises. Elles semblent tout droit sorties de la couverture des magazines, et correspondent plus au fantasme des garçons. Quand tu vois les petites françaises qui peinent à faire la couverture d'un Playboy, c'est lamentable.

 

Il y a pourtant beaucoup de garçons qui apprécient les actrices actuelles, comme Oksana d'Harcourt.
Mets Oksana à côté d'un top model qui fait 1m85 avec des seins naturels… Je connais des filles exceptionnellement belles, mais en France, elles font du mannequinat ou du cinéma. La différence est que dans les pays de l'Est, elles font du porno.

Peut-être aussi, parce qu'elles ne peuvent faire que ça.
Non… C'est-à-dire que je crois qu'il y a moins de machisme, que le regard qui se porte sur les jeunes femmes des pays de l'Est me semble moins dur que celui des français. C'est tout.

Il y a quand même une sorte de starisation.
Pas en France en tout cas. Dans quoi ? Dans Hot Video ? Je n'appelle pas ça être une star. Les pauvres sont livrées en pâture, chez Cauet par exemple, disent des conneries, parce que déjà elles ne sont pas intelligentes, et puis parce que l'on se fout littéralement de leur gueule. On leur voue un culte uniquement masturbatoire, qui dure… deux semaines ! Elles font la couv' de Hot Video, passe chez Cauet, puis pffiou, disparues et remplacées par de nouvelles. Pour quoi faire en plus ? À part être une prostituée ?

Je ne sais pas si elles le voient de cet œil.
La seule identification possible pour un mec, c'est qu'il a envie de la sauter. Tailler des pipes et se faire prendre par deux mecs sur un tournage, t'appelles ça comment ? Et je n'ai rien contre les prostituées. Moi, je m'assume en tant que pute, elles non. Ce sont des actrices peut-être ? Il faut arrêter. Je sais que c'est un métier très dur, il faut qu'elles soient fortes et courageuses, mais il n'y pas de quoi être starifié. Donc, qu'on ne vienne pas me dire que nous sommes des artistes. En général, t'es plutôt un raté. Si tu aimes vraiment les mecs, ou les nanas, et par-dessus tout le fric, il faut bosser dans le traditionnel. Mais pour cela, il faut un minimum de bagage intellectuel, et avoir quelque chose à dire et à proposer.

Vas-tu laisser tomber le porno au profit du traditionnel ?
Non pas du tout. Tant qu'il y aura des banquettes et des nanas, je ferais du porno. Je n'ai rien contre mener les deux de front. Je bosse d'ailleurs actuellement sur un film commandé par Canal +, et qui devrait faire le tour des festivals internationaux. Un croisement entre l'esthétique de Lars Von Trier sur Dogville et Un jour sans fin. Ce projet fait partie d'une douzaine de films prestige pour une diffusion en France mais aussi dans d'autres pays européens. Mon équipe n'est constituée que de professionnels du cinéma, le travail sur la lumière devrait être formidable et le scénario correspond tout à fait à ce que j'aie envie de faire. Le tournage a tout juste commencé et devrait s'étendre sur un peu plus d'un mois. Tu ajoutes un mois et demi de montage, un mois de mise en musique, et le film devrait être prêt d'ici quatre mois. Par contre, je ne sais pas encore où il sera visible.

C'est vrai que j'ai eu toutes les difficultés du monde à trouver ton œuvre - porno ou pas.
Parce que je ne vends qu'aux chaînes câblées. Je travaille aussi sous différents pseudos. Le plus souvent, on m'appelle en me disant : « Hervé, vends-moi dix scènes avec des blondes. » Je n'ai qu'à taper sur mon ordinateur et je trouve vite les dix scènes en question, que je vends soit sur DVD, soit sur Internet. J'ai donc des scènes disséminées un peu partout, voire des scènes qui sont des composites d'autres. Je fais du gonzo, donc je suis comme un épicier. L'année dernière, j'ai ainsi tourné quarante films, tous vendus pour le câble.

Tu ne manques donc pas de projets, tant dans le cinéma porno que traditionnel. Ta grosse actualité reste ton premier long-métrage, On ne devrait pas exister.
Une sortie cinéma en effet. Un vrai film traditionnel, avec des acteurs du traditionnel, que tout le monde connaît… mais attention, je ne te donnerais pas de noms. Il reste à peu près cinq mois et demi de postproduction. L'histoire, en partie autobiographique, suit un mec de 38 ans qui se prostitue, se drogue, vit constamment dans l'excès. Il se dit que s'il continue à ce rythme, il va bientôt mourir. Il veut alors s'ouvrir à la « modération », et pour lui, celle-ci s'exprime dans cette capacité qu'ont les gens du cinéma, les acteurs, à mimer le fait de boire, fumer, baiser, se droguer, et le soir venu retrouver une vie de famille. Il se tourne alors vers le cinéma français pour s‘apercevoir qu'en fait, cette « modération » n'est pas de bien faire son métier mais de croire que l'on a bien fait. Plus une autosatisfaction donc. Il découvre que le rapport des comédiens à ce qu'il a connu, la drogue par exemple, est galvaudé. Si l'on doit jouer des rôles de drogués toute sa vie, et qu'en plus on le fait mal, c'est un peu de nous et notre vie qui est galvaudée. Il faut au moins respecter ça, cette beauté noire, même si c'est négatif. À part des acteurs comme Depardieu ou Gabin qui savent bouffer devant une caméra, il ne supporte pas les petits cons avec qui on voudrait lui faire prendre des cours de théâtre. À partir de ce point de départ, il va se construire au gré des rencontres, des personnalités du cinéma. Sachant que la fin n'est pas forcément morale. C'est un film tragi-comique avec une fin ouverte. En fait, si le héros arrête le porno au début, c'est parce qu'il bosse depuis dix ans sur une série de super héros, Condom Man. Condoman est d'ailleurs un vrai film de cul dans lequel j'ai joué, une catastrophe.

C'est carrément introuvable Condoman.
Heureusement ! Mais je vais sûrement ressortir ce genre de perles après. On va essayer de rentabiliser.

Propos recueillis par Lucile Bellan et mis en forme par Vincent Julé.
Photos de Côme. (grand format disponible en bas de page)
Autoportrait ci-dessous de HPG.
Site officiel : www.hpgnet.com

 

 

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La Rédaction26/12/2005 22:57 par La Rédaction

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