Commander in Chief - Saison 1


02 déc 2006 | par Frédéric RenaultFrédéric Renault

Alors que nos élections présidentielles nationales se profilent à l'horizon, nous vient d'outre-atlantique le premier show télévisé envisageant la possibilité d'avoir une femme occupant le bureau ovale de la Maison Blanche (non, pas la peine d'insister, nous ne parlerons pas de Monica Lewinsky). Commander in Chief est cependant un show déjà mort, car annulé à l'issue d'une saison inaugurale chaotique sur l'antenne d'ABC, mais qui arrive quand même sur les ondes françaises par le jeu des achats de programmes effectués lors des festivals et marchés de pré-saison.


Paradoxalement, le show imaginé par Rod Lurie (Manipulations) a plus été victime de ses démons internes que d'un réel échec critique (pour le public, c'est venu progressivement). Après un démarrage en fanfare le propulsant en tête des nouveautés de la rentrée 2005 (16,5 millions de téléspectateurs pour la première), Rod Lurie fut remplacé sans ménagement à la tête du show par ABC, qui appela Steven Bochco à la rescousse pour reprendre la situation en main. La raison de ce limogeage : les retards accumulés dans la rédaction des scripts, qui mettait en péril la stabilité de la production et firent fondre la patience du network comme neige au soleil.


Après une pause forcée de quelques semaines à l'automne 2005, imposée par Bochco pour se mettre dans le bain et rectifier ce qui n'allait pas, Commander in Chief fit son retour à l'antenne. Hélas, le mal était déjà fait, la greffe ne prit pas et les audiences se retrouvèrent alors de nouveau en baisse. Nouveau coup de théâtre après une poignée d'épisodes, Steven Bochco prit à son tour la direction de la sortie, laissant les commandes à Dee Johnson, ancienne scénariste sur Urgences et qui était sur Commander in Chief depuis le début. Nouvelle pause dans la diffusion, puis ultime reprise en avril avant une annulation inévitable, les audiences étant à ce moment en chute libre et à cent lieues de celles des débuts. Le coup de grâce fut donné avec la réduction à 18 du nombre d'épisode, les quelques restes étant évacués en catimini durant l'été 2006.


Difficile dans ces conditions de donner corps à un drame au sujet déjà difficile à l'origine. Agissant comme un miroir de son erratique production, Commander in Chief manque cruellement de consistance, de densité, et atteint malheureusement très vite ses limites. Ce n'est pas faute à un casting de standing, avec une Geena Davis relativement convaincante en présidente fraîchement assermentée ou encore grâce à un Donald Sutherland résolument à l'aise dans les basques d'une éminence grise ourdissant manœuvre politique sur coup fourré. Le problème vient plutôt de l'angle d'attaque du show, qui chronique autant la vie de famille de la Présidente Mackenzie Allen que les intrigues politiques se nouant aux marches du Capitole. Même si l'aspect familial présente un certain intérêt, on aurait préféré que les scénaristes s'intéressent davantage à la vie politique américaine et aux affaires internationales qu'aux atermoiements sentimentaux des enfants ados de la présidente Allen. Dans un registre similaire, Commander in Chief apporte cependant un éclairage inédit sur la condition hypothétique du « First Gentleman » et somme toute relativement crédible. Mais il faut par ailleurs admettre que l'ombre d'A la Maison Blanche plane lourdement sur Commander in Chief, et le second ne ressort pas vainqueur du duel avec le premier.


Commander in Chief est donc un show qui s'avérait prometteur à ses débuts, mais qu'un développement anarchique a envoyé directement à l'abattoir. Manquant de cohésion et de profondeur, il rate en grande partie sa cible et frustre autant qu'il déçoit. Parachuter à la tête de l'État américain une présidente indésirable (et considérée comme une usurpatrice par des ennemis politiques aux dents longues) à l'aide d'un deus ex-machina somme toute assez banal témoigne par ailleurs d'une certaine forme de complaisance vis-à-vis des réelles chances qu'auraient une femme d'accéder aux plus hautes responsabilités des États-Unis. Quitte à se livrer à un peu de spéculation, on attend désormais avec impatience la série qui chroniquerait avec sérieux l'élection de la première présidente américaine.


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