17 fév 2005 | par Didier VerdurandDidier Verdurand

Face à la porte d'entrée de l'appartement de Sebastian Barrio, 34 ans, l'un des hardeurs français les plus actifs de ces dernières années, des images d'orgies traversent l'esprit. Allions-nous nous introduire dans un temple du sexe ? Quelle ne fut pas notre surprise de voir aussitôt derrière la porte l'affiche d'un (bon) film dans lequel il a un rôle important, Bienvenue au gîte de Claude Duty avec Marina Foïs et Philippe Harel ! Cette première impression se confirmera tout au long de l'interview : Sebastian veut absolument renouveler l'expérience d'un rôle habillé. En attendant, faisons le point sur sa carrière classée X après avoir jeté un oeil sur ses albums de photos-souvenirs, devant la cage vide de ses défunts iguanes Thelma et Louise.

Tu es un ancien pompier. Mis à part les bals, de bons souvenirs ?
Oui, pendant deux ans. J'ai réussi un examen pour travailler avec le SAMU et assister un médecin quand j'arrivais sur un AVP (Accident sur la Voie Publique). Je pouvais aussi aller à des endroits où ça brûlait. J'ai énormément de respect pour les sapeurs pompiers, leur devise étant : sauver ou périr. Quand mon contrat s'est terminé, je suis allé passer l'été au Cap d'Agde, à Port Nature. Titof et un autre ami y étaient et m'ont parlé d'un sauna particulièrement chaud. Le lendemain, j'y ai baisé deux filles pendant qu'un type m'observait. Il m'a dit après que j'avais un sacré coup de reins et que je devrais faire du porno. J'ai appelé le numéro qu'il m'a laissé, celui de Laeticia et j'ai tourné pour elle ma première scène, en 1997 ou 98.

Tu avais du succès auprès des femmes avant de te lancer dans le X ?
Disons que je n'avais pas à ramer pour les séduire, et je suis un beau-parleur, j'ai assez de bagout on va direÂ… Parfois je n'avais même pas besoin de parler. J'allais dans des endroits échangistes et je n'étais pas étranger à des pratiques sexuelles que j'ai retrouvées après dans le X. J'ai toujours dit que je préférais m'échanger tout seul, c'est plus simple.

(Sébastian enchaîne aussitôt)
J'ai eu quelques expériences dans le cinéma classique. Je me suis fait tuer par Michael Keaton en 1999 dans Quicksand, Sable mouvant en VF, passé sur Canal +. On m'avait choisi grâce à un composite. En 2002, j'ai défilé en caleçon devant Magloire dans Morning Live. Par chance, Claude Duty m'a vu et m'a choisi pour interpréter un homo dans Bienvenue au gîte. J'ai aussi participé à Irréversible de Gaspard Noé, pendant la soirée. C'était de la figuration mais j'ai discuté avec Vincent Cassel et Monica Bellucci qui sont très sympathiques.

Cela ne doit pas être évident de passer d'un tournage X à un autre, traditionnel, et de se dire face à Monica « Attention, pas touche. » !
Je suis tout-à-fait d'accord avec toi ! Mais ce n'est pas parce qu'on fait du X que nous sommes des goujats. Je les ai naturellement respectés. Je suis comme tout le monde et je n'ai pas de mal à m'intégrer. Les gens ne doivent pas croire que je vais sauter sur toutes les filles pendant un tournage classique ! En plus, sur un plateau de film X, il y a une vingtaine de personnes alors que sur un film traditionnel, il y en a une centaine !

Y a-t-il eu un bon contact avec Michael Keaton ?
Il a été bref parce que je parle anglais comme une vache espagnole. Je lui ai demandé une fois s'il voulait un café avant de tourner une séquence avec Judith Godrèche. (Rire.) J'ai serré la main à Michael Caine qui était aussi dans le film, il m'a dit bonjour en français. Un grand Monsieur.

 

 

On dirait que tu as vraiment envie de continuer sur cette voie !
Oui, j'aimerais que les réalisateurs voient Bienvenue au gîte et qu'ils m'appellent au 06 80Â… (Sebastian donne le numéro complet.) pour que je fasse un casting comme tout le monde. Même Besson peut m'appeler, ou Lelouch, LeconteÂ… On m'a dit que j'avais un talent comique, que je faisais penser à Pierre Richard.

Tu veux que je laisse ton numéro de téléphone dans l'interview ?
Oui, uniquement pour les réalisateurs ! (Après réflexion.) Bon, je vais avoir des problèmes alors contactez plutôt Ecran Large qui transmettra !

Ressens-tu une certaine notoriété dans la rue ?
Il y a tout le temps des regards et quand les gens m'abordent dans la rue ou en boîte, ils apprécient que je sois naturel et vrai. Souvent, ils se demandent si on ne s'est pas croisé quelque part et je leur réponds que s'ils se couchent après minuit, ils ont pu me voir à la télé. Les mecs me félicitent, les filles sont plus distantes. Maintenant je peux leur dire qu'ils peuvent aussi me trouver dans un video club grâce à Bienvenue au gîte. Pas Quicksand car il n'est pas sorti en dvdÂ…

Et à l'étranger, on te reconnaît aussi ?
Oui, j'ai été reconnu un peu partout dans le monde entier.

Tu as tourné avec des américains malgré ton mauvais anglais ?
Oui, j'ai travaillé avec John Leslie, un grand, grand Monsieur du porno. Ce n'est pas difficile de dire « Yes baby, suck my dick. » J'ai appris les termes pornos, même en tchèque ou hongrois. « Popo » veut dire fesses en hongrois. Cambrer les reins, c'est « putchicha maximum ».

 

(Sebastian répète en russe sa phrase dans Quicksand et rajoute, déçu, qu'elle a été un peu modifiée en post-prod.)
J'avais appris la phrase phonétiquement. Comme dans un porno anglais, j'en avais retenue une de la même manière : « I have a little plane. If you want you can come with me. Maybe see you tomorrow. » Je ne sais plus ce que ça veut dire. « J'ai un petit avion, si tu veux venirÂ… » Je ne sais plus, un truc comme ça, mais j'apprends assez facilement.

Tu aimerais que des réalisateurs américains t'appellent ?
Oui, et pas des réalisateurs pornos. Je voudrais que Martin Scorsese me contacte. Ou bien Tim Burton, James Cameron. Puis Emir Kusturica, Pedro AlmodovarÂ… J'adorerais travailler avec Clint Eastwood, c'est un formidable réalisateur ! Je fais du X parce que j'aime le sexe, mais si l'opportunité de travailler dans le classique se présente, j'y retourne. J'ai prouvé que je pouvais jouer sans me déshabiller.

Contrairement à Rocco qui montre toujours son sexe dans les films de Breillat !
J'ai beaucoup de respect pour Rocco Siffredi. Je l'aime bien et j'admire son travail. Il est inégalable.

Tu parles de la taille de son sexe ?
Non, de ce qu'il fait. Rocco c'est Rocco. Celui qui voudra faire du Rocco, il ne sera pas aussi bon. Coluche, c'est Coluche. Pareil. Il ne faut pas copier ces gens-là.

Certains disent que ses films peuvent être trop violents.
C'est sa manière de bosserÂ… Le gonzo vient de lui et Christophe ClarkÂ… Rocco a monté une grosse entreprise, il vit bien à l'heure actuelle et je pense qu'il l'a mérité. Pour moi, il est LA référence dans notre métier, il a beaucoup de talent, cet homme. Je suis pote avec son cousin, Gabriel Zero, de La vérité si tu bandes. J'ai fait avec lui L'hard fatal.

 

 

Quant à la référence féminine française, Brigitte Lahaie ?
Beaucoup de respect pour cette femme, elle a bien réussi. Il y en a une autre dont on ne parle pas assez : Maryline Jess. Elle était sublime, elle est toujours magnifique. Je rêve de la rencontrer. Si elle lit l'interview, on ne sait jamais...

Tu as une assez longue expérience dans le porno pour avoir une opinion sur le gonzo. On se souvient d'Adeline Lange qui avait poussé un coup de gueule chez Fogiel.
J'ai déjà travaillé avec Adeline, je la connais un peu. Elle n'a rien dit de nouveau, c'est un peu du répétéÂ… Il faut toujours trouver un prétexte ou quelque chose à dire pour faire sa propre promo. Je préfère le discours d'Ally Mac Tyana (Dany Verissimo) quand elle passe chez Ardisson. Elle est très intelligente, j'espère qu'elle ira loin dans sa nouvelle carrière. On devrait laisser la parole aux anciennes hardeuses si elles ont quelque chose d'intéressant à dire, je suis contre ceux qui vont à la télé pour cracher sur notre métier qui n'est pas évident. (S'adressant au dictaphone.) Je demande une chose. Ne téléchargez pas les films sur internet, allez dans les sex-shops ou ailleurs pour louer ou acheter. Notre milieu est en crise comme celui de la musique, arrêtez le piratage.

Tu gagnes moins bien ta vie qu'il y a 5 ans ?
Clair, à l'heure actuelle, c'est très dur. Avant, je faisais 15 à 20 journées de tournage par mois, maintenant, 5 en moyenne. Selon moi, Internet en est le responsable. Je pousserais bien ce cri à la télé mais on ne m'invite pas assez car les gens savent que je peux être une grande gueule. Il faut dire ce qui est. Appelons un chat, un chat.

La panne du hardeur, tu la répares comment ?
J'ai connu des faiblesses dures à surmonter mais j'ai toujours été au bout de mes scènes. Il m'est arrivé d'avoir à me masturber toute une scène pour faire monter la came, comme on dit dans le jargon. C'est là qu'on voit le professionnel. Je peux penser à ma voisine, tu frappes chez elle et tu lui dis (il joue le personnage) : « Bonjour, excusez-moi, je ne veux pas vous déranger. Je vous vois descendre tous les matins avec votre chien. Votre chat aussi de temps en temps. Et je me suis dit qu'il serait intéressant de vous rencontrer. J'ai une folle envie d'avoir quelque chose de sexuel avec vous. Vous ne voulez pas me faire une fellation, là, tout de suite, maintenant ? » Voilà à quoi je pense pendant mes faiblesses. Tu la vois à genoux en train de te sucer et l'érection arrive.

C'est un fantasme ou tu as testé ?
(Affolé) Non, je respecte ma voisine, elle est mariée, je ne veux pas de problèmes, c'est une métaphore ! (Rire.) Ca se passe bien avec les gens de l'immeuble, ne donnez pas mon adresse d'ailleurs, il y aurait du monde à la porte ! La plupart des voisins savent ce que je fais mais certains doivent croire que je suis boulanger ou boucher.

Que t'inspire la zoophilie ?
Je n'aime pas du tout mais je suis content pour les chiens s'ils prennent leur pied. (Rire.) Je pense que les femmes qui font ça ont un problème psychologique. Quelque chose a dû se casser à l'intérieur, parce que pour se taper un caniche ou un pitt-bullÂ… Remarque, le pitt-bull sera probablement plus performant qu'un caniche.

Si tu devais le faire avec un animal, tu choisirais lequel ?
Une sirène.

Quelle est la sirène actuelle du X ?
Priscilla Sol ! (S'adressant à nouveau au dictaphone) D'ailleurs, Marc Dorcel, je t'envoie un message : j'aimerais bien travailler avec elle !

Remarque, je veux bien devenir zoophile aussi s'il faut le faire avec Priscilla ! Espérons que vos ébats seront filmés par Hervé Bodilis !
Hervé est un très bon photographe à la base et il fait des films magnifiques, il sait mettre les femmes en valeur.

Nous allons terminer sur une note plus grave en parlant de Karen Bach, l'une des héroïnes de Baise-moi qui a mis fin à ses jours le mois dernier...
Nous étions très proches et avions un contact téléphonique régulier. Je l'avais longtemps hébergée chez moi. Je conseille à tout le monde de voir Baise-moi pour se rendre compte à quel point elle était talentueuse. Elle sera toujours présente dans mon coeur.

Propos recueillis par Didier Verdurand.
Photos de Côme.

Retrouvez le test de Fuck Attacks en cliquant sur le titre.


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