••• Indigènes : le devoir et le droit de mémoire
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Avant Indigènes,
ils ne s'étaient jamais retrouvés sur un tournage en compagnie de l'un
des autres lauréats du prix d'interprétation masculine partagé à
Cannes. Parce que leurs profils sont trop proches (Roschdy Zem et Sami
Bouajila, trop souvent cantonnés aux seconds rôles d'arabes
sympas/lisses/respectables – et ces rôles-là, il n'y en a qu'un par
film), ou trop éloignés, de Jamel Debbouze le comique irrésistible à
Samy Nacéri la star pied au plancher. Ces parcours réussis menés en
parallèle se rejoignent pour la première fois pour le film à propos
duquel tous disent qu'il aura marqué non seulement leur carrière mais
aussi leur vie.
Il
faudrait être de bien mauvaise foi pour voir une quelconque
auto-satisfaction ou langue de bois derrière cette affirmation. Plus
qu'une noble cause leur tenant à cœur, l'histoire d'Indigènes
est leur histoire individuelle, celle de leurs grands-parents aux uns
et aux autres qui ont fait partie des régiments de tirailleurs
nord-africains. Que le tournage du film ait pu être l'occasion pour les
acteurs de découvrir leur lien personnel avec cette page de l'histoire
récente de la France montre à quel point celle-ci a pu être étouffée à
tous les niveaux (familial, scolaire, commémoratif). La France, pays
volontiers oublieux des passages peu glorieux de son histoire ? On
attend toujours des films abordant de front la Première Guerre Mondiale
ou la décolonisation – sujets sur lesquels, en leur temps, Les sentiers de la gloire et La bataille d'Alger furent interdits en France.
En portant à bout de bras Indigènes,
Jamel, Roschdy, Sami et Samy ouvrent donc une brèche dans un territoire
inconnu du cinéma français. Tellement inconnu que le modèle artistique
qu'ils citent pour ce film est américain – Denzel Washington dans Glory.
Ils réalisent cet acte engagé car leurs ambitions – assouvies –
d'acteurs sont les mêmes que celles – niées – du milieu social d'où ils
viennent, ainsi que de leurs ancêtres partis au front : la
reconnaissance et le succès dans leur pays, la France. Tous les quatre
s'étaient déjà investis à plus ou moins grande échelle dans leur rôle
de modèle de réussite, et Indigènes ne saurait donc être
vu comme un coup opportuniste de leur part. Il s'agit d'un retour aux
sources de leur lutte : à les voir dans le film parler un français
incertain et trembler de peur et de hargne mêlées face à l'attitude
condescendante de leurs supérieurs « de souche », il est évident qu'ils
(re)jouent le rôle de leurs grands-parents arrivant en France. Le
surplus d'émotion dans leur jeu est palpable, et rend évident le fait
que ce long-métrage est pour eux l'étape la plus importante dans leur
désir de faire bouger les choses, en bien.
C'est
dans cette optique (ainsi bien sûr que pour sa performance d'acteur,
aussi marquante que celle de ses congénères) qu'il ne faut surtout pas
oublier d'associer au quatuor le cinquième larron du prix
d'interprétation cannois : Bernard Blancan, acteur de théâtre venu
tardivement au cinéma, il n'y a que sept ans de cela. La description du
sergent pied-noir qu'il interprète, et qui subit un traitement proche
de celui des tirailleurs nord-africains (lui aussi se voit piégé à son
échelle par la hiérarchie et trahi dans ses idéaux), montre le souci du
film de ne pas tomber dans la facilité en désignant des
boucs-émissaires ou en montant les communautés les unes contre les
autres. La démarche des créateurs et des acteurs d'Indigènes
ne vise pas à la polémique facile, mais à un débat de fond sur
l'acceptation d'une injustice, à une prise de conscience dont tout le
monde sortirait grandi. On ne peut que souhaiter le succès d'une telle
attitude positive et constructive de la part de stars qui pourraient se
contenter de profiter égoïstement de leur réussite personnelle.
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LA COMMUNAUTÉ
CLIQUEZ ICI POUR RÉAGIR!26/09/2006 01:17 par La RédactionIndigènes : le devoir et le droit de mémoireVous pouvez discuter ici de l’article Indigènes : le devoir et le droit de mémoire.
Cliquez ici pour lire l’article complet : http://www.ecranlarge.com/article-details-295.php
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