••• 3 nouveaux Blu-ray d'Audiard


21 aoû 2012 Par Stéphane Argentin


« On a cherché à l'imiter mais on n'a jamais réussi à refaire du Audiard »

Claude Pinoteau, assistant réalisateur sur Cent mille dollars au soleil.

 

 

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Cent mille dollars au soleil - Blu-rayCent mille dollars au soleil

 

Audiard. Un nom à jamais inscrit dans le patrimoine cinématographique, à tout le moins français sinon mondial. Et si Jacques s'est fait un prénom depuis son premier long-métrage, Regarde les hommes tomber en 1994, c'est bien davantage à Michel, père de, que pensent tous les cinéphiles à l'évocation de ce nom. Le studio à la marguerite ne s'y est d'ailleurs pas trompé et édite pour la première fois sur support Blu-ray le 22 août trois nouveaux longs-métrages frappés du sceau de celui que d'aucun considère comme le plus grand dialoguiste (mais aussi scénariste) que la France ait jamais connu, trois ans après la sortie du trio Les Tontons flingueurs, Les Barbouzes, Ne nous fâchons pas.

 

Cent mille dollars au soleil - Blu-ray
Cent mille dollars au soleil

Ce n'est donc pas un hasard si plusieurs des suppléments présents sur les éditions HD de Un taxi pour Tobrouk, Cent mille dollars au soleil et Le Pacha lui sont consacrés. On trouve ainsi Le Petit Audiard illustré, de courtes vidéos qui nous expliquent certains termes argotiques entendus dans les longs-métrages en question ou encore Les apophtegmes du petit cycliste qui prennent certes davantage des allures de pubs pour les autres films sortis chez l'éditeur mais qui nous offre également tout loisir de nous délecter pour la énième fois de quelques unes des mythiques répliques d'Audiard. Les morceaux de choix sont toutefois à chercher du côté des trois entretiens en compagnie de Denys de la Patellière (réalisateur d'Un taxi pour Tobrouk), Claude Pinoteau (assistant réalisateur d'Henri Verneuil sur Cent mille dollars au soleil) et André Brunelin (biographe de Jean Gabin).

 

Cent mille dollars au soleil - Blu-ray
Cent mille dollars au soleil

Le premier évoque un auteur très bucheur, qui laissait croire (à tort ?) qu'il écrivait ses dialogues par dessus la jambe, et que tout le monde s'arrachait à l'époque : « avoir Audiard aux dialogues, c'est comme avoir une star ». Une star avec ses caprices qui se pointait volontiers à la bourre à ses rendez-vous quand il ne posait pas carrément un lapin comme se remémore Claude Pinoteau qui, compte tenu du statut d'Audiard, estime qu'on ne peut pas se fâcher avec les « talents » dans le milieu du cinéma. En gros, le bonhomme bossait avec qui il voulait et « a traversé sa vie comme un anarchiste » dixit Pinoteau qui se souvient de techniciens hilares au cours des prises de vue de Cent mille dollars au soleil. André Brunelin pour sa part estime qu'Audiard n'a pas mis tout le talent dont il disposait dans ses films et qu'il a sans doute collaboré à de trop nombreuses reprises avec Gabin. L'acteur n'hésitait d'ailleurs pas, avec l'accord du réalisateur, à retoucher les dialogues à la dernière minute sur le plateau (sur lequel Audiard ne venait pas), raccourcissant ceux-ci ou bien donnant ses répliques à ses partenaires sans pour autant trahir le propos originel.

 

Le Pacha - Blu-ray
Le Pacha

Un Jean Gabin à qui tout le monde donnait du « Monsieur » sur le tournage du Pacha dixit le documentaire Gabin vs la bande à Lautner. Celui que sa fille surnomme « le John Wayne français » aimait la bonne chair (cf. l'anecdote où il laissa Lautner en plan pour aller grailler un bout à la pause de midi en compagnie de Louis Seigner), avait la réputation d'être un emmerdeur sur les plateaux (il était là pour faire son boulot et ne voulait pas être distrait), doublé d'un brillant technicien qui savait où se placer et comment jouer les scènes en fonction des choix du réalisateur. Soit tout le contraire du tournage bon enfant de Cent mille dollars au soleil que Verneuil, dixit une interview d'époque, qualifie de western moderne où les chevaux sont remplacés par les camions. Une ambiance que l'on retrouve également sur le tournage d'Un taxi pour Tobrouk où Charles Aznavour se remémore de bonnes bouffes et des calembours à longueur de journée.

 

Le Pacha - Blu-ray
Le Pacha

Denys de la Patellière conserve de son long-métrage « sur la connerie de la guerre » un souvenir quelque peu différent. Après avoir dû se rabattre sur le célèbre studio d'Almeria en Espagne en lieu et place de l'Afrique du nord où les agitations de l'époque (1960) refroidirent sérieusement les assureurs du film, il dût ensuite faire face à un budget serré pour cause de tournages en parallèle du Colosse de Rhodes et Le Goût de la violence sur lesquels la Gaumont avait investi de gros moyens. Des problèmes qui ne furent bientôt plus que de lointains souvenirs pour le réalisateur puisque celui-ci ne retravailla plus jamais par la suite avec le studio, avec à sa tête un certain Alain Poiré, qui n'apprécia pas du tout l'ajout à l'initiative du réalisateur de l'épilogue du film (le défilé militaire).

 

Le Pacha - Blu-ray
Le Pacha

Des soucis, George Lautner en connu également avec son Pacha. Gabin cognant un peu trop fort un barman (le réalisateur ne garda qu'une seule torgnole au montage final) ou encore tirant sans sommation au cours de la scène finale sont deux des séquences qui ne furent guère du goût de la censure et des flics de l'époque. Pour autant, dixit Olivier Marchal aux côtés du réalisateur sur le commentaire audio et qui s'exprime également dans le documentaire Requiem pour la police à papa, de telles méthodes peu avouables sont parfois de mises dans la réalité (il a ainsi pris part à une descente musclée dans un bar au début de sa carrière en 1981) pour un long-métrage qu'il considère assez proches de certains aspects de son ex-métier de flics (il dit avoir connu des flics / gangsters qui possédaient des traits ressemblant à ceux des personnages du film). Certains reprocheront d'ailleurs sans doute au vécu de flic de Marchal de prendre parfois un peu trop l'ascendant sur les anecdotes de Lautner au cours d'un commentaire audio qui n'en demeure pas moins excellent, à l'image du film. Une opinion à demi-partagée par Simon Mickaël qui, pour sa part, qualifie volontiers Le Pacha de « folklorique et simpliste » avec des méthodes « de baltringues ».

 

Un taxi pour Tobrouk - Blu-ray
Un taxi pour Tobrouk

Les Blu-ray quant à eux sont loin d'être des éditions de baltringues. On sait le soin tout particulier que Gaumont apporte à son catalogue de titres dits « classiques » et ces trois nouvelles parutions ne font pas exception avec une restauration image et son dans les règles de l'art. Pour des films dont l'âge avoisine voire dépasse la cinquantaine, les bandes sons s'avèrent pour le moins bluffantes. Les VF DTS-HD Master Audio 2.0 mono offrent ainsi des rendus qui claquent bien, lors des fusillades / bombardements dans le cas d'Un taxi pour Tobrouk, mais bien plus encore lors des envolées musicales de Georges Delerue et de Serge Gainsbourg, respectivement sur Cent mille dollars au soleil et Le Pacha, le générique d'ouverture de ce dernier et son mythique Requiem pour un con suffisant à lui seul à nous ébaudir (sans parler du non moins célèbre Harley Davidson de Bebe à la 22ème minute).

 

Un taxi pour Tobrouk - Blu-ray
Un taxi pour Tobrouk

Côté image, les masters ont une nouvelle fois été restaurés dans les grandes largeurs et présente une propreté irréprochable auquel s'ajoute un contraste optimal, aussi bien pour le noir et blanc de Cent mille dollars au soleil et Un taxi pour Tobrouk que pour les couleurs du Pacha, le tout combiné à un encodage 1080/24p AVC, aux formats respectés (1.66:1 pour Le Pacha, 2.35:1 pour les deux autres), précis et qui fait honneur à la HD. Seul bémol, déjà constatable sur de très nombreux titres « classiques » de l'éditeur : le recours au DNR qui laisse apparaitre une granulosité fluctuante d'une scène à l'autre. Quant aux bonus évoqués ci-dessus, s'ils ne sont pas tous inédits, ils n'en constituent pas moins une interactivité très instructive et là encore dans la droite lignée des précédents titres de la collection « Gaumont classique ».

 

IMAGE

Un taxi pour Tobrouk : 4/5

Cent mille dollars au soleil : 4/5

Le Pacha : 4/5

 

SON

Un taxi pour Tobrouk : 4/5

Cent mille dollars au soleil : 4,5/5

Le Pacha : 4,5/5

 

INTERACTIVITÉ

Un taxi pour Tobrouk : 3/5

Cent mille dollars au soleil : 3/5

Le Pacha : 4/5

 

Un taxi pour Tobrouk - Blu-ray
Un taxi pour Tobrouk

 

Et pour finir, une des (nombreuses) répliques anthologiques issues de chacun des trois films :

- « Deux intellectuels assis vont moins loin qu'une brute qui marche » (Un taxi pour Tobrouk)

- « Quand les types de 130 kilos disent certaines choses, ceux de 60 kilos les écoutent » (Cent mille dollars au soleil)

- « J'vous préviens, c'est assez spécial, il va y avoir du sport ! » (Le Pacha)

 

Apport HD : Trois fleurons du cinéma populaire français « à papa » servis par des éditions Blu-ray d'excellente facture où l'on regrettera cependant une fois de plus un dégrainage parfois un peu trop poussé sur l'image.

 

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tenia24/08/2012 19:15 par tenia

franchement j’ai du mal à concevoir l’intérêt du blu-ray concernant les films en noir et blanc (donc à l’exclusion du “PACHA” marquant la rencontre entre deux monstres sacrés : messieurs Gabin et Gainsbourg à l’occasion d’un “requiem pour un con”). Attention je précise que je suis fan de ces trois [...] LIRE LA SUITE
Francis Moury24/08/2012 01:52 par Francis Moury

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Le gain est pourtant régulièrement spectaculaire lorsque les films N.&B. sont remastérisés en HD, enfin… en BRD puisque les BRD ont supplanté les HD-DVD, comme vous vous en souvenez. J’ai visionné l’autre soir à la télévision la reprise de LA TRAVERSEE DE PARIS de Claude Autant-Lara et le master HD restauré [...] LIRE LA SUITE
samir.boutouria22/08/2012 15:22 par samir.boutouria

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