••• 4 nouveaux Universal Classics
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Cette livraison de la collection « Universal Classics » constitue un coup de sonde varié, sur presque vingt ans de cinéma américain : elle comprend deux classiques (le Sternberg et le Sandrich, des Paramount d’origine) et deux séries B (le John Brahm et le Kurt Neumann, des Universal d’origine).
La femme et le pantin [The Devil Is A Woman] (USA 1935) de Josef von Sternberg
Remake Paramount d’un précédent film issu du même Studio tourné en 1920, adapté par John Dos Passos d’après le roman français de Pierre Louÿs (qui était l’un des auteurs favoris d’Oscar Wilde), il s’agit du dernier acte filmographique de la saga Sternberg - Dietrich. Certains ont jugé que c’était son chant du cygne, d’autres son apogée, d’autres enfin son épuisement. Telle quelle, elle éclipsa en tout cas les adaptations précédentes, et ce furent d’elle que s’inspirèrent par la suite explicitement La Femme et le pantin de Julien Duvivier avec Brigitte Bardot (France 1959) et Cet obscur objet du désir (France 1977) de Luis Bunuel avec Angela Molina et Carole Bouquet dédoublant charnellement la fatale Janus. La photographie signée Sternberg de la scène du duel au pistolet dans un parc nocturne sous la pluie, a peut-être influencé celle de Floyd Crosby pour les célèbres séquences d’extérieurs noyés de brouillard de la série Edgar Poe de Roger Corman. Mêmes travellings sur des arbres calcinés ou marécageux au milieu desquels errent des calèches à peine visibles, des silhouettes fantomatiques. Autre filiation évidente : l’ouverture du carnaval a probablement inspiré Douglas Sirk pour les séquences correspondantes de La Ronde de l’aube en 1957. On sait que pour Sternberg, tout était dit concernant Marlène après L’Ange bleu et Cœurs brûlés [Morocco] et que c’est uniquement pour des raisons contractuelles qu’il tourna la série Paramount qui suivit. Cependant l’inspiration l’a heureusement accompagné tout du long : la femme fatale qu’il dépeint oscille entre humour noir surréaliste et romantisme germanique, comédie et drame. On doit noter aussi que la grand acteur Lionel Atwill ressemblait physiquement à Sternberg : son casting fut un clin d’œil narcissique. L’Espagne républicaine de 1935 (et non pas celle de Franco comme l'écrit par erreur le verso de la jaquette : le coup d'état franquiste contre le Frente Popular n'a lieu qu'un an plus tard : le 17 juillet 1936 très exactement) voulut faire interdire son exploitation et même détruire le négatif pour diverses raisons que les historiens ont depuis plus ou moins dévoilées. La Paramount se défendit de la manière habituelle la plus censée (le film de Sternberg est un fantasme, une œuvre d’imagination qui ne dépeint pas l’Espagne réelle) et se garda bien d’obtempérer. On attend toujours la réédition en vidéo numérique de l’ultime film signé Sternberg qui est aussi son chef-d’œuvre absolu, intégralement tourné au Japon : Anatahan.
Note : 7/10
L’amour chante et danse [Holiday Inn] (USA 1942) de Mark Sandrich
Un classique (Paramount d’origine) de la comédie musicale américaine avec Bing Crosby et Fred Astaire. Le genre a ses inconditionnels. Il permet de multiplier les interférences entre tous les autres genres du cinéma, un peu comme le fit par la suite le cinéma érotique dans son propre registre. Il y a des comédies musicales sur fond de comédie, des comédies musicales sur fond de film noir, sur fond néo-réaliste, sur fond onirique irréaliste et fantasmatique, sur fond historique. Techniquement bien réalisé par un vétéran qui a signé quelques titres célèbres du genre : Top Hat, par exemple. Mais l’ensemble est impersonnel : Sandrich n’est pas Minnelli.
Note : 5/10
Singapour [Singapore] (USA 1947) de John Brahm
Film noir de série B, Universal International d’origine, signé par un petit maître du genre, surtout connu pour ses réussites contemporaines flirtant ouvertement avec le cinéma fantastique. Son scénario est totalement artificiel mais il est compensé par une Ava Gardner qui était en train de passer du statut de starlette à celui de star, déjà pleinement révélée comme une excellente actrice par Les Tueurs (USA 1946) de Robert Siodmak l’année précédente, et dotée d’une charge érotique inaltérable. Il est aussi compensé par un exotisme doté d’une direction artistique soignée en dépit de son petit budget et d’une excellente interprétation, qu’il s’agisse des rôles principaux ou secondaires. Quelques expériences esthétiques : le plan final magnifique d’Ava Gardner courant à la rencontre de l’avion en contre-jour, plan qui a certainement beaucoup plu à Howard Hughes qui s’intéressait à elle, à cette époque. Quelques expériences dramaturgiques réussies : Ava Gardner recherchant seule dans Singapour puis retrouvant son ancienne domestique Ming Ling dans une scène qui installe un suspense, une réalité palpable, un sens de l’altérité, en quelques plans sincères, presque néo-réalistes.
Note : 5/10
Le fils d'Ali Baba [Son of Ali Baba] (USA 1952) de Kurt Neumann
Péplum historique (Universal International) sans prétention, à petit budget, avec un casting honorable (Tony Curtis, Susan Cabot, Piper Laurie) et une direction artistique standard. Evidemment, tout comme le western, on regrette rétrospectivement l’absence d’écran large et le Technicolor ne nous en console pas vraiment. Mais c’est un regret rétrospectif qui contredit l’histoire du cinéma et il ne faut pas trop s’y attarder. D’autant que le même Kurt Neumann en sera, par la suite, un talentueux serviteur : voir son admirable La Mouche noire [The Fly] (USA 1958) pour ne citer que son film le plus célèbre tourné dans ce format.
Note 5/10
IMAGE
1.37 compatible 4/3 pour les quatre films. La copie chimique de La Femme et le pantin est la plus ancienne mais son état est excellent et son report vidéo est très bon. Copie chimique de L’Amour chante et danse en bon état, et bon report vidéo. Copie chimique de Singapour et Le Fils d’Ali Baba en état moyen mais travail vidéo tout aussi bon.
SON
Mono 2.0 VOSTF uniquement, bien restitué pour La Femme et le pantin, L’Amour chante et danse, Singapour, et VOSTF + VF d’époque savoureuse pour Le Fils d’Ali Baba.
SUPPLEMENTS
Trois suppléments sur le DVD de la comédie musicale L’Amour chante et danse : un documentaire de Ken Barnes produit en 2002 (4/3 couleurs VOSTF environ 30 minutes) sur Bing Crosby et Fred Astaire, avec une témoin de première main en la personne de la fille de Fred Astaire, puis un plus bref mais intéressant petit documentaire sur les techniques d’enregistrement du son dans les comédies musicales, aussi réalisé par Ken Barnes en 2002 (4/3 couleurs VOSTF environ 6 min), enfin la bande-annonce originale en NB et VOSTF, copie chimique médiocre. Rien sur les trois autres titres.
Un mot sur les jaquettes : lorsque Universal utilise une affiche d’époque pour la jaquette, le résultat est beau : La Femme et le pantin, Singapour. Universal devrait systématiquement le faire car lorsqu’elle ne le fait pas, le résultat est d’une laideur confondante : Le Fils d’Ali baba, L’Amour chante et danse. Il est vrai que ce problème est une constante chez tous les éditeurs français comme étrangers, y compris et surtout les « majors » américaines. Pourtant un simple raisonnement suffirait à convaincre les plus réfractaires : les affiches d’époque reflètent à la fois l’esthétique en vigueur au moment de la sortie du film et les éléments positifs que les producteurs et distributeurs de cette même époque ont voulus fournir à leurs spectateurs. Donc, on a tout intérêt à reproduire les affiches d’époque. Le profit est double : l’acheteur possède à la fois un document historique et un document informatif lui fournissant tout ce qu’il doit savoir. Et inutile pour l’éditeur de payer des graphistes dont le travail sera forcément amputé de l’aspect historique de l’original, et ne sera pas forcément à la hauteur du travail des graphistes de l’époque, souvent mieux payés pour exécuter une affiche de cinéma que les graphistes actuels ne le sont pour exécuter une simple jaquette de vidéo numérique. Gain d’argent pour les éditeurs, gain d’information et d’art authentique pour les acheteurs d’aujourd’hui : il faut donc reproduire les affiches originales sur les jaquettes : CQFD. Sauf dans le cas où les ayant-droits américains demandent des sommes importantes pour la reproduction de l'affiche comme me le signale Sandy Gillet !
Un mot sur les menus : ceux de La Femme et le pantin sont d’une laideur ahurissante. Il faudrait tout de même faire un effort ! On ne comprend pas pourquoi, avant de visionner un film classique de Sternberg en N.&B., on se retrouve contraint d’apercevoir des images telles que celles des menus que nous avons capturés ici ! Pourquoi ne pas utiliser comme arrière-plan une photo de plateau du film lui-même, par exemple ? C’est le cas de Singapour et l’effet est bien meilleur.
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LA COMMUNAUTÉ
CLIQUEZ ICI POUR RÉAGIR!05/02/2012 22:30 par La Rédaction4 nouveaux Universal ClassicsVous pouvez discuter ici de l’article 4 nouveaux Universal Classics.
Cliquez ici pour lire l’article complet : http://www.ecranlarge.com/article-details-22247.php
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