••• L'Exorciste : The Beginning – La version de Paul Schrader
| Tweet |
|
Vendredi 17 décembre 2004, 20h00. Paris, les Grands Boulevards. Une
centaine de personnes attendent depuis une bonne heure et demie devant
la Cinémathèque qui propose une soirée cinéma bis : « Autour de Paul
Schrader » (dans le cadre d'une rétrospective de l'oeœuvre du
réalisateur-scénariste). Est-ce que tous ces passionnés se sont
vraiment déplacés pour voir le film culte de Quentin Tarantino,
l'excellent et très rare Rolling thunder , de John Flynn
(1977), où le père de Laura Palmer (William Devane), devenu une sorte
de croisement entre le capitaine Crochet et Charles Bronson, part, aidé
par Tommy Lee Jones, venger sa femme et son enfant ?
Même si ce film a d'indéniables qualités (qui le fait passer pour le Taxi driver du film d'exploitation), on doute quand même qu'il ait fait déplacer autant de monde.
En fait, la plupart des personnes présentes ce soir-là sont surtout
venues voir le film proposé en deuxième partie de soirée. En effet,
depuis quelques jours une rumeur circule : la Cinémathèque proposerait
un film surprise tourné par Paul Schrader et datant de 2004. Ceux qui
suivent un tant soit peu la carrière du réalisateur savent qu'il ne
peut s'agir que d'un seul film : sa fameuse préquelle de L'Exorciste
qui défraya la chronique cette année. Refusé par Morgan Creek et son
distributeur, la Warner, le film a été presque entièrement retourné par
le viking, Renny Harlin. À 22h00, la Cinémathèque a donc proposé la
vraie version de L'Exorciste : The Beginning.
Nous ne vous ferons pas ici la critique du film, et ce pour
plusieurs raisons. Tout d'abord parce que la cinémathèque a demandé à
tous les journalistes présents dans la salle (et ils étaient nombreux à
vouloir couvrir ce scoop !) de n'écrire aucun article dessus, car
Schrader offrait là comme cadeau de Noël avant l'heure un brouillon de
son film (d'ailleurs l'entrée était gratuite). Ce dernier est en effet
en cours de montage, et la version qui nous a été proposée est juste un
travail en devenir (« work in progress ») selon la lettre que Schrader
a adressée à la Cinémathèque. Ainsi est-ce une copie de travail gravée
sur un DVD qui a été projetée sur un vidéoprojecteur. Les effets
spéciaux n'étaient pas terminés et la musique du Seigneur des anneaux servait de bande-son (nous ne parlerons pas du générique de fin, sur lequel le monteur a collé une chanson heavy metal !).
L'autre raison, et la plus importante, de ne pas parler de cet
évènement de façon très précise vient du fait que le film a été
approché par les organisateurs d'un certain festival (où les stars
montent des marches rouges en tenue de soirée), qui semblent
susceptibles de le sélectionner. Et comme ce festival a toujours eu
pour devise de ne sélectionner que des films qui n'ont jamais été
montrés (hormis dans leur pays d'origine)Â…
Comment peut-on alors décemment écrire un article sur L'Exorciste : The Beginning version Schrader ? Eh bien tout simplement par passion et par respect pour l'œuvre du réalisateur d'Affliction et du scénariste de Taxi driver,
afin que ce film ne soit plus maudit ou condamné à figurer en bonus
(comme il en fut question un temps) dans le DVD du film du réalisateur
de Au revoir à jamais, à sortir en zone 1 en mars 2005.
L'Exorciste : The Begining vu à la Cinémathèque n'est donc qu'un
aperçu, qu'une bande annonce version longue de ce que
devrait être le montage final. Si nous sommes donc dans l'incapacité
déontologique et même cinématographique de donner notre avis sur ses
qualités (ou défauts) intrinsèques, nous avons opté pour un article qui
explique dans ses grandes lignes en quoi les deux versions de L'Exorciste : The Beginning diffèrent,
et ainsi pourquoi il est important qu'un jour l'on puisse découvrir la
vision de Schrader sur grand écran, et non éventuellement dans notre «
home theater ».
Quelques précisions : pour l'instant, la durée du film est
sensiblement la même que celle du film sorti il y a un mois dans nos
salles de cinéma. Pour ce qui est de la trame principale du récit, elle
est similaire à celle du film de Renny Harlin : la découverte au Kenya
d'une église, érigée pour Satan par un père Merrin ayant perdu la foi,
n'est toutefois plus traitée de la même manière, même si elle reprend
des séquences qu'on a déjà vues (ces séquences ont-elles vraiment été
entièrement retournées ?). Le film démarre ainsi par la scène la plus
bouleversante de la version de Renny Harlin où, pendant la Seconde
Guerre mondiale, le prêtre interprété par Stellan Skarsgard, devant la
menace d'un SS, est obligé de faire tuer des innocentsÂ… pour en sauver
le plus grand nombre. Toutes les préoccupations de Schrader se trouvent
dans cette séquence impressionnante et vont être par la suite
déclinées. Cette scène devient le point central du récit et la
véritable réflexion que Paul Schrader a tenté d'insuffler à son film :
le Bien et le Mal se ressemblent, Dieu et Satan aussi.
Schrader a beaucoup mieux gérer que Renny Harlin l'arrivée de l'armée,
la révolte des indigènes et le drame qui consume Merin ; ce dernier y
ayant sans doute plus vu l'occasion de faire sauter ses décors que de
se lancer dans une quelconque réflexion sur le Mal.
Même si la plupart des séquences avec le père Merrin sont quasiment les mêmes, de nombreuses scènes du film de Renny Harlin n'y figurent pas. Comme on pouvait le prévoir, il s'agit principalement de toutes les séquences spectaculaires (ou ridicules, selon notre perception du film) de la version sortie en salles. Ainsi, l'ouverture impressionnante sur un champ de bataille avec travelling arrière révélant des milliers de morts, l'attaque d'un jeune garçon par des hyènes ou encore celle du militaire par les papillons sont-elles bien des ajouts du réalisateur de 58 minutes pour vivre, ajouts ayant servi à muscler de façon grandiloquente le récit. À noter également la disparition de toutes les séquences se déroulant au Vatican.
Parmi les sacrifiés (si on se place dans l'ordre inverse des
tournages des films) figure en tête de peloton la jolie Izabella
Scorupco. L'héroïne de Renny Harlin, faute de ne pas nous avoir donné
de « peurs bleues », laisse la place à une jeune actrice inconnue. Le
personnage de l'ivrogne en pleine déflagration n'existe plus et les
deux enfants noirs, même s'ils figurent dans le film, ne font que de la
figuration.
Quant à la personne à exorciser, c'estÂ… le chanteur Billy Crawford qui
s'y colle. Ne vous inquiétez pas pour autant puisque, sous ses tonnes
de maquillage, l'ex de Lorie n'est finalement reconnaissableÂ… qu'au
générique de fin. À propos de l'exorcisme justement, chez Schrader,
plus question de faire tourner les têtes et les corps à trois cent
soixante degrés ou encore de transformer son possédé en gymnaste
concourrant pour une médaille d'or aux JO : la victime à exorciser est
désormais complètement chauve, lévite comme un « little buddha » et ne
jure plus, même si elle se permet toujours de jeter le père Merrin
contre les murs. L'exorcisme final s'avérera alors beaucoup plus une
conversation sur le Bien et le Mal et sur la foi qu'une suite de
dégueulements et d'injures sexuellesÂ…
Si
nous sommes donc bien incapables d'écrire une critique du film parce
que nous ne l'avons pas vraiment vu (la copie était vraiment floue),
force est de constater que Paul Schrader semble vouloir dépasser les
limites du genre « film d'épouvante » pour pouvoir explorer son thème
de prédilection : la rédemption et le rapport entre le Bien et le Mal.
Si son film était enfin présenté au cinéma, la saga de L'Exorciste
pourrait se terminer par un film ayant les mêmes qualités que l'œuvre
fondatrice : être tout autant un drame qu'un film d'horreur.
Après avoir été un (petit) événement médiatique offrant un incident
sans précédent dans l'histoire du cinéma (deux réalisateurs tournant la
même année le même film, avec la même distribution, dans les mêmes
décors et pour le même studio), L'Exorciste : The Beginning
doit reprendre le cours normal de sa création. En sortant en salles, il
permettrait tout simplement et tout naturellement de nous offrir
l'exorcisme attendu et espéré de la version de Renny Harlin. À bon
entendeur (exorciste) !
LIENS SPONSORISEÉ
CECI PEUT AUSSI VOUS INTÉRESSER
LA COMMUNAUTÉ
CLIQUEZ ICI POUR RÉAGIR!21/12/2004 03:08 par La RédactionL’Exorciste : The Beginning – La version de Paul SchraderVous pouvez discuter ici de l’article L’Exorciste : The Beginning – La version de Paul Schrader.
Cliquez ici pour lire l’article complet : http://www.ecranlarge.com/article-details-19.php
LIRE LA SUITE |
Les encheres
- DVD L'irlandais
- DVD On the Ice
- Blu-ray La grande illusion + To be or not to be
- Blu-ray + DVD The Artist
- Blu-ray + DVD Mondwest
TOUTES LES ENCHERES
>>> QU'EST-CE QUE C'EST?
À VOUS DE JOUER:
- Quiz du 18 avr. 2012
- Quiz du 17 avr. 2012
- Quiz du 16 avr. 2012
- Quiz du 13 avr. 2012
- Quiz du 12 avr. 2012
TOUS LES QUIZ
>>> QU'EST-CE QUE C'EST?
Newsletter
Les tests DVD/Blu-ray
- BR - Anonymous
- BR - Bounty (Le)
- BR - Ordre et la morale (L')
- BR - Men in black 2
- BR - Jardin du Diable (Le)
- DVD - Looking for Nicolas Sarkozy
- DVD - Mer à l'aube (La)
- BR - Flèche brisée (La)
- DVD - Molex, des gens debout (Les)
- BR - Dix Commandements (Les)
- BR - Illegal traffic (Reykjavik Rotterdam)
- DVD - Irlandais (L')
- DVD - Mission : Impossible, 20 ans après - Saison 1
- DVD - On the ice
PLUS DE TESTS DVD/BLU-RAY







