••• Top Science-fiction n°29 : L'Invasion des profanateurs de sépultures
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Pour lancer le compte à rebours avant l'évènement Avatar qui sortira sur nos écrans le 16 décembre prochain, la rédaction d'Ecran Large a remis le bleu de chauffe et a recommencé à se plonger dans une classement impossible. Après vous avoir proposé notre classement des 31 meilleurs films d'horreur dans l'histoire du cinéma, nous avons opté pour l'univers de la science-fiction et ainsi d'élire ce qui sont pour nous les 31 meilleurs films du genre. La règle de ne pas avoir plus d'un film par cinéaste ne s'applique pas ici (c'était au dessus de nos forces pour certains réalisateurs). La seule règle que l'on a décidé d'appliquer (et qui sera critiquable comme beaucoup de règles) : un film qui était déjà dans notre classement de l'horreur ne pouvait pas réapparaître dans ce nouveau classement. 14 membres de la rédaction ont donc été invités à envoyer leur liste de leurs 70 films préférés. A partir de ces listes, on n'a gardé que les films cités plusieurs fois par chacun d'entre nous. On a alors resoumis la liste finale à un vote pour obtenir le classement final que nous allons vous faire découvrir quotidiennement jusqu'au 16 décembre 2009 qui révèlera le numéro 1 de la rédaction. Un éclairage par jour durant 31 jours sur des incontournables du cinéma de science-fiction. Et en guest star pour commenter nos choix, on retrouve Vincenzo Natali, le réalisateur de Cube, Cypher, Nothing et du très attendu Splice, étant un parfait ambassadeur du futur de la science-fiction au cinéma.
29 - L'Invasion des profanateurs de sépultures (1956) de Don Siegel
Vincenzo Natali : "Ce film m'a terrifié quand j'étais môme. Et le remake par Philip Kaufman était encore plus traumatisant. Je n'ai pas pu dormir pendant des jours car j'avais peur de devenir une « pod person ». Le film de Siegel est la meilleure invasion extra-terrestre des années 50. Elle peut être comprise de deux manières opposées : soit un avertissement contre l'influence communiste, soit une dénonciation du McCarthisme. La version de Kaufman (qui est toute aussi réussie) est plus un commentaire sur le nombrilisme des années 70. Quelle que soit la façon dont on interprète ces films, une chose est sûre, ce sont des chefs-d'œuvre de paranoïa. De surcroît, ils présentent la plus réaliste des invasions d'aliens. Ici ils n'utilisent pas une technologie peu plausible pour atteindre la Terre. Ce sont des graines qui se laissent portées par les vents solaires. Ils font partie des meilleurs films de SF de tous les temps et ils n'ont pas pris une ride."
Patrick Antona :
Une des plus glaçantes interrogations sur la déshumanisation de notre société et le meilleur concept d'invasion "alien" qui soit. Et n'oubliez pas, "You're Next!".
Jean-Noël Nicolau :
L'un des plus grands récits paranoïaques de l'histoire du cinéma.
Invasion of the Body Snatchers (L'Invasion des profanateurs de sépultures, U.S.A. 1955) de Don Siegel est son unique chef-d'œuvre donné au genre fantastique comme au genre science-fiction -le film relève autant de l'un que de l'autre - et une des meilleures œuvres de sa filmographie.
Contrairement à ce qu'on lisait presque partout, ce film ne date pas de 1956 puisque le copyright inscrit à son générique est bien 1955. Des générations de critiques et de lecteurs français ont écrit et recopié à tort la date de 1956. Il faut dire qu'ils n'avaient pas souvent l'occasion de vérifier cette mention : L'Invasion des profanateurs de sépultures ne fut distribué à Paris que fin 1967. il revient de loin... et même de très loin.
Pourquoi une distribution aussi tardive, plus de 10 ans après sa sortie américaine ?
À cela, deux raisons :
- - le mépris obstiné -il dure pratiquement jusqu'en 1990!- des critiques français envers Siegel d'une part
- - le mépris très vif des critiques et distributeurs français pour le cinéma fantastique et de science-fiction d'autre part qui ne s'atténuera que vers 1970.
Un coup d'œil rétrospectif sur l'histoire critique du cinéaste et de son film suffit à s'en convaincre.
Don Siegel ne figure pas dans la première édition (Seuil, Paris 1965) du Dictionnaire des cinéastes de George Sadoul ni d'ailleurs dans la seconde édition de 1977 revue et augmentée par Émile Breton.
Le critique et cinéaste Jacques Rivette admire certes Baby Face Nelson [L'Ennemi public] (U.S.A. 1958) mais conclut son article des Cahiers du cinéma n°150, décembre 1963 par un célèbre : « Baby Face Nelson est une énigme, mais il n'y a pas de sphynx ».
La définition méprisante donnée par Bertrand Tavernier et Jean-Pierre Coursodon, dans leur Trente ans de cinéma américain (seconde édition 1970 d'un livre paru en 1961) est prudemment ambivalente : « La critique française en a fait un des princes de la série B. Il faut avouer qu'il connaît son affaire et vous boucle en quelques plans une scène d'action (...) ou campe en un tournemain quelques personnages pittoresques. Mais de style point et de personnalité moins encore ».
Lorsque Michel Caen, l'un des rédacteurs en chef de la revue Midi-Minuit Fantastique, rend compte d'une manière importante de la sortie de L'Invasion des profanateurs de sépultures dans le n°18-19, Paris décembre 1967-janvier 1968, il ignore naturellement l'histoire du tournage, et celle de l'exploitation du film. Il reproche injustement à Siegel l'ouverture et la fin alors qu'elles lui furent imposées par le distributeur. Et il oppose la fin pessimiste « courageuse » de The Birds [Les Oiseaux] (U.S.A. 1963) de Hitchcock à la « lâcheté » de la fin tournée par Siegel en 1955. Nous reviendrons d'ailleurs sur ce jugement critique qui nous semble absurde quelle que soit la fin (imposée ou choisie) du film de Siegel qu'on considère.
Et quand Jean Wagner consacre à Don Siegel une notice pour le deuxième volume collectif « Cinéastes » des « Dossiers du cinéma » éditions Casterman, Belgique 1971, on ne peut pas dire que les choses aient fondamentalement changé puisque Wagner écrit : « En revanche il y a deux chefs-d'œuvre. L'un appartient à la science-fiction : c'est L'Invasion des morts-vivants [*]. L'autre est un thriller : c'est L'Ennemi public. Je passerai rapidement sur le premier d'autant plus que notre admiration est peut-être comparative : la médiocrité de la quasi-totalité des films du genre (là je sens que je vais me faire assassiner) nous pousse peut-être à voir dans ce film intelligent, sensible, par moments poétique, en un mot, un film de professionnel, une œuvre plus importante qu'elle ne l'est en réalité. (...) ». Le même Wagner conclut que The Beguiled (Les Proies, U.S.A. 1970) dont Siegel est producteur et réalisateur va peut-être amorcer une ère nouvelle, qu'il est encore un cinéaste prometteur : bref...
En 1971, Jean-Pierre Bouyxou & Roland Lethem, La Science-fiction au cinéma, éd. U.G.E., coll. 10/18, Paris 1971, pp. 199-200 comparent Invasion of the Body Snatchers à la production Hammer Film qu'est Quatermass Two (La Marque, G.B. 1957) de Val Guest et... préfèrent Quatermass Two. Les arguments avancés sont d'ailleurs intéressants : la part faite par Siegel au réalisme de l'exposition lasse Bouyxou & Lethem qui considèrent que Siegel n'est pas assez violent visuellement, trop sage en regard tant de la nouvelle originale (ou du feuilleton, plutôt) que du scénario qu'ils admirent. Siegel pas assez violent ? Nous pensons que le reproche est dénué historiquement de fondement. Pas assez baroque peut-être ? Pourtant... Ce qu'on peut objectivement remarquer, c'est que Val Guest reprend l'idée - banale mais efficace lorsqu'elle est bien réalisée - de Siegel pour ouvrir son propre film : filmer des nuages dans le ciel.
Si René Prédal, Gérard Lenne, et Jean-Marie Sabatier écrivent leur admiration pour le film dès la fin des années 1970-1973, il faut attendre la notice informée de Jacques Lourcelles, « Dictionnaire du cinéma - les films », éd. originale Robert Laffont, coll. « Bouquins », Paris 1992 pour que l'histoire généraliste du cinéma lui rende à son tour hommage. La boucle critique rejoint d'ailleurs ainsi la boucle de l'histoire de l'exploitation du film chez nous puisque L'Invasion des profanateurs de sépultures avait été distribué par Mac-Mahon Distribution et que le cinéma parisien Mac-Mahon était patronné par la revue « Présence du cinéma » à laquelle Lourcelles collaborait régulièrement.
Aujourd'hui, en novembre 2009 presque cinquante ans après sa réalisation, que penser du film ?
Tourné rapidement, avec un budget modeste dans un très mignon SuperScope, à partir d'un scénario qui adaptait un feuilleton paru dans Collier's Magazine, on peut dire que Gérard Lenne avait parfaitement raison d'écrire dès 1971 que c'est un film de science-fiction qui vire au fantastique. De fait, par l'argument il appartient au premier genre mais son traitement est ensuite assez souvent celui du thème du vampire. C'est donc, en somme, un film de science-fiction dont le sujet est le sujet par excellence du cinéma fantastique, à savoir le thème du double.
Un mot sur le sens du titre américain : il est un jeu de mots qui n'a pas été compris par celui qui a inventé le titre français d'exploitation. Les « Body Snatchers » sont littéralement des voleurs de cadavres : voir notre test du film R.K.O. Robert Louis Stevenson's The Body Snatcher [Le Récupérateur de cadavres] (USA 1945) de Robert Wise. Ici on ne vole pas des cadavres mais des enveloppes vivantes qu'on investit de l'intérieur. On avait déjà vu des extra-terrestres (les « Xénomorphes » !) s'emparer du monde en prenant possession d'une apparence humaine dans They Came From Outer Space (Le Météore de la nuit, U.S.A 1953) et on en reverra d'autres. Ce n'est pas tant le sujet - même si l'aspect végétal est très inquiétant, il n'est pas vraiment nouveau : voir The Thing from another world (La Chose d'un autre monde, U.S.A. 1951) - que son traitement plastique (les « cosses » maternelles), technique (le traitement du temps de l'action) et thématique qui est admirable.
Le mot « alien » est prononcé dans le dialogue entre MacCarthy et Dana Wynter : de fait, il repose sur la même angoisse psychotique qui lui donne naissance. Francis Pasche, Le Sens de la psychanalyse, éd. P.U.F., coll. "Le fil rouge" Paris 1988, pp.112-113 nous semble avoir donné les clés psychanalytiques permettant de rendre compte de la terreur régressive à l'œuvre dans un tel sujet. D'autant plus que la première partie du film met en place une énigme qui, faute d'être résolue à temps, menace de prendre corps physiquement et de dévorer, telle une mère archaïque, le nouvel Œdipe incapable de la résoudre. Le sommet de la terreur (plastique : le visage double de Dana Winter « réveillée » ) étant atteint psychiquement par l'identification du sommeil et d'un processus de désindividuation : la victoire de l'autre menaçant est alors assurée. Dans ces conditions, on s'explique mal les reproches que faisait Michel Caen à la fin du film. Qu'il s'agisse de la fin voulue par Siegel (McCarthy hurlant aux automobilistes : « You are next !... ») ou de celle imposée par Walter Wanger, elles sont tout aussi pessimistes l'une que l'autre. La première maintenait à peine l'ambivalence du cauchemar, la seconde assure sa réalité : en matière de pessimisme, qui dit mieux ?
Du point de vue plastique, remarquons que La Nuit des morts-vivants (U.S.A. 1968) de Romero est influencée par la direction de la photographie d'Ellsworth Fredericks (bien que la composition des plans de celui-ci ait été effectuée en fonction des exigences du SuperScope) et surtout influencée par la mise en scène de Siegel. Les scènes de la découverte dans le jardin, les effets psychiques qu'elle provoque chez Carolyn Jones annoncent le traumatisme subi par Judith O'Dea : la prégnance d'un noir d'encre dans les coins de l'arrière-plan sera simplement augmentée par Romero. Romero se plaira aussi à reprendre l'humour très noir de Siegel concernant certains aspects dynamiques du scénario : la difficulté visuelle de distinguer l'humain de l'inhumain à une certaine distance, le fait que les autorités deviennent dangereuses pour les rescapés au lieu de les protéger, l'ampleur et la rapidité de la contamination.
Du point de vue temporel, autre aspect moderne : la modification du temps par le récit au passé simple, puis celle de la perception du héros suggérée par l'injection d'amphétamine afin de rester éveillé... pour vivre un cauchemar total qui culmine lors de l'identification de Dana Wynter. Le jeu de boucle - selon qu'on admet la fin « distributeur » ou qu'on conserve mentalement la fin « Siegel » voulue à l'origine - est novateur dans les deux cas, et franchement inédit. Cette ambivalence objective entre cauchemar et réalité sera reprise d'une manière non moins géniale par Romero. On le voit, le film de Siegel est lui-même une « cosse » matricielle dans l'histoire du cinéma fantastique, et pas seulement de ses deux variations explicites.
(*) Jean Wagner confond, en 1971, le titre français d'exploitation de 1968 du film de Siegel avec le titre d'exploitation du The Plague of the Zombies (L'Invasion des morts-vivants, GB 1966) de John Gilling produit par la Hammer Film, sorti à Paris le 28 septembre 1966. Et Wagner reproduit cette méprise historique dans la filmographie qu'il donne à la fin de sa notice.
Note additionnelle sur les versions postérieures :
Hollywood dota le film de Siegel d'une postérité régulière, comme d'habitude en cas de succès public. Certaines de ces versions postérieures soutiennent bien la comparaison avec l'original : Invasion of the Body Snatchers [L'invasion des profanateurs] (U.S.A. 1978) de Philip Kauffman et Body Snatchers (U.S.A. 1993) d'Abel Ferrara.
La version Kauffman de 1978 était dotée d'effets spéciaux impressionnants, d'une inquiétante photographie (en 1.85 donc un écran un peu moins large que l'original, couleurs en plus) signée Michael Chapman, de la caution cinéphilique apportée par la présence de Don Siegel et Kevin McCarthy jouant de petits rôles clins-d'œil, et de quelques modifications de surface qui maintenaient intacte la ligne générale du scénario. Lors de la sortie du film, Jean-Louis Cros, dans La Revue du cinéma - Image et son n°137, lui reprocha d'avoir été victime de la mutation décrite par l'original de 1955 : remplacer l'émotion humaine par l'efficacité ! Reproche injustifié d'autant plus que le casting était très honorable. Par contre Kauffman prenait parfois ses idées originales chez les autres : son générique d'ouverture était placé de toute évidence sous l'influence de celui du Gold Told Me To / The Demon [Meurtres sous contrôle] (USA 1975) de Larry Cohen.
La version Ferrara de 1993 augmentait la largeur de l'écran, passant du 2.0 initial de Siegel et du 1.85 du remake de Kauffman à un magnifique 2.35 aux normes techniques d'ailleurs inédites : le film était tourné en ArriScope, utilisé pour la première fois dans un film américain. Ferrara remplaçait comme Kauffman le N.&B. de Siegel par la couleur. Surtout, il renouvelait l'inquiétude sur deux plans distincts : un scénario situant l'intrigue dans une base militaire, instaurant un suspense novateur et une mise en scène ultra-glacée, parfois plus sournoise et impressionnante encore que celle de Kauffman, dotée d'excellents effets spéciaux. Et souvent très inventive en dépit des préventions qu'on pouvait avoir a priori en pensant que Ferrara passait de la catégorie B à la catégorie A en acceptant de tourner un remake inutile. Ce ne fut heureusement pas le cas.
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CLIQUEZ ICI POUR RÉAGIR!| 23/11/2009 09:07 par chdx Mais je trouve fort dommage que la disponibilité de vos textes vous échappe.
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Tout pareil que Tenia.
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| 22/11/2009 20:19 par tenia Il est bien sûr évident que travailler sa page perso nécessite du temps, d’autant plus que les structures déjà existantes sont toutes très restrictives.
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22/11/2009 16:56 par Francis Mouryoui mais…Francis est un auteur intéressant dont la personnalité transpire dans chacun de ses textes.
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