••• Top horreur n°12 : Nosferatu
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Pour fêter le mois d'Halloween, la rédaction d'Ecran Large a pris son courage à deux mains et s'est lancée dans l'impossible : élire ses 31 meilleurs films d'horreur dans l'histoire du cinéma. Pour être le plus rigoureux possible, des règles ont été établies comme celle de ne pas avoir plus d'un film par cinéaste dans le classement final (sauf une exception mais chut on vous expliquera à la fin du mois pourquoi). 12 membres de la rédaction ont donc été invités à envoyer leur liste de leurs 40 films préférés. A partir de ces listes, on n'a gardé que les films cités plusieurs fois par chacun d'entre nous. On a alors resoumis la liste finale à un vote pour obtenir le classement final que nous allons vous faire découvrir quotidiennement jusqu'à la fameuse nuit d'Halloween qui révèlera le numéro 1 de la rédaction. Un éclairage par jour durant 31 jours sur des incontournables du cinéma d'horreur.
12 - Nosferatu (1922) de Friedrich-Wilhelm Murnau
Jean-Noël Nicolau :
A la fois extrêmement daté, surtout au niveau du rythme, et parsemé de quelques unes des images les plus puissantes du cinéma Fantastique. Incontournable.
NB : les parenthèses mentionnent les noms alternatifs selon qu'il s'agit des intertitres de la version allemande originale ou de la version exploitée en France, et il est possible qu'il y en ait encore d'autres
Sur les bords de la mer Baltique, à Viborg (Brême), en 1838 : un agent immobilier, Hutter (Jonathan Harker), quitte son épouse Ellen (Nina) pour se rendre au château d'un client, le comte Orlock (Nosferatu / Dracula) qui vit dans un château en ruines, situé en Transylvanie dans les Carpathes après un long voyage à travers les Balkans. Alerté par son apparence et bien des détails inquiétants, Hutter découvre qu'Orlock est un vampire et s'échappe du château. Pendant la traversée de l'Océan, Nosferatu assassine les marins du bateau sur lequel il a embarqué clandestinement : il arrive au port par une nuit de tempête. Il emménage dans sa nouvelle maison située en face de celle de l'agent immobilier, revenu presque simultanément à son propre domicile. Le vampire et les rats qui l'accompagnent répandent la peste sur la ville et attaque Ellen (Nina). Le professeur Bulwer (Van Helsing) fait un cour sur une plante carnivore, « vampire du monde végétal » à ses étudiants. Le patron de Harker qui était complice du vampire est devenu fou : il est possédé par Nosferatu. Annie, la sœur de Nina, meurt de la peste. Nina se sacrifie volontairement pour tuer Nosferatu : elle devient sa proie à l'aube, moment fatal pour lui car un rayon du soleil le réduit en poussière en quelques instants. Selon les versions Nina revient alors à la vie ou demeure morte.
Il faut d'abord savoir que F.W. Murnau (1888-1931) et son scénariste Henrik Galeen ne possédaient pas les droits du roman fantastique Dracula (1897) de Bram Stoker (1847-1912) qui avait été traduit en français pour la première fois en 1920 sous le titre de Dracula l'homme de la nuit lorsqu'ils l'adaptèrent et tournèrent Nosferatu : eine Symphonie des Grauens [Nosferatu le vampire].
C'est la raison pour laquelle le vampire de Murnau ne se nomme pas Dracula mais Orlock ou Nosferatu, ce second terme signifiant en langue balkanique « vampire » ou « mort-vivant » et c'est aussi la raison pour laquelle tous les noms de certains autres personnages principaux sont modifiés (Jonathan Harker se nomme Hutter !) alors que d'autres sont conservés (Lucy, Reinfield, Van Helsing). Nosferatu le vampire fut un immense succès en Europe, un échec aux U.S.A. et en Angleterre. Florence Stoker, la veuve de Bram Stoker, attaqua pour sa part en justice Murnau et la Prana-Films de Berlin pour plagiat : elle gagna son procès mais la destruction ordonnée du négatif et des copies positives ne fut pas exécutée. Certains fragments du film furent peut-être même utilisés dans d'autres métrages allemands de la même époque, et une copie pirate modifiée du film fut distribuée aux U.S.A. car le film original allemand ayant déplu aux distributeurs américains, ils l'avaient fait remonter en y intégrant d'autres éléments, lui faisant atteindre une durée de 110 minutes ! Copie et version que nous n'avons pour notre part jamais visionnées mais qui doivent valoir la peine d'être vues ! Jacques Lourcelles a établi une liste succincte des diverses copies européennes continentales existantes du film (dans son excellente notice bibliographique présentée en 1992 dans une annexe à la fiche technique et critique qu'il lui consacre dans son beau Dictionnaire du cinéma : Les Films) et de leurs différences mais ne dit rien de la copie américaine dont Georges Sadoul connaissait en 1965 précisément l'existence au point de pouvoir, dans son propre Dictionnaire des films, la minuter. Lotte H. Eisner est revenue plusieurs fois sur la question, dans les deux éditions (1964 et 1973) de son livre sur Murnau, sans pouvoir apparemment la résoudre. Une copie dite « définitive » a été patiemment établie dans les années 1970-1985, notamment grâce à la Fondation Murnau. Il n'est pas exclu qu'on puisse l'améliorer encore un jour ou l'autre.
Peut-on dire que Nosferatu soit la meilleure adaptation (effectivement plagiée) du roman ?
Le destin critique du film en France fut très inégal : d'abord admiré par les Surréalistes pour des raisons étrangères au roman, certains le considèrent par la suite (Georges Sadoul en 1965, René Prédal en 1970, Jacques Lourcelles en 1992) comme tel tandis que d'autres privilégient la version de Tod Browning (Jean-Claude Romer en 1963 ou Jean Boullet en 1964) ou celle de Fisher (Gérard Lenne en 1970 et encore en 1985). Jean-Marie Sabatier, toujours profond et, pour cette raison, toujours paradoxal, synthétise (en 1973) tous ces courants avec ampleur et parfois avec un certain excès et une certaine mauvaise foi roborative : Murnau ne se discute pas davantage que Fisher : tous deux sont sur le même plan mais Max Schreck offrirait une interprétation du comte Dracula bien plus proche du personnage de Stocker que celle de Bela Lugosi, John Carradine ou Christopher Lee !
On comprend que dans une optique anglo-saxonne et américaine, ce soit le Dracula (USA 1931) de Tod Browning qui soit considéré comme l'origine réelle de la série : il adaptait plus fidèlement le roman de Stoker, par le biais d'une pièce de théâtre adaptée elle-même plus proche de l'esprit « fin de siècle » du roman. On peut le comprendre aussi dans une optique cinématographique : le film matriciel de la série Dracula n'est esthétiquement pas le Nosferatu de Murnau mais bien le Dracula de Browning. C'est par rapport à lui bien davantage que par rapport au film de Murnau que chaque nouvelle tentative sera amenée à se définir en l'imitant ou en en prenant le contre-pied. Car si le mot « Nosferatu » est un des premiers mots prononcés par le dialogue du film de Browning - hommage volontaire d'Universal ou volonté contraire de prouver que cette fois-ci, le roman va être « correctement » adapté ? - le grand public américain identifiera bel et bien le comte stokerien au personnage incarné par le génial Bela Lugosi et nullement à la créature particulièrement répugnante d'aspect incarnée en son temps par le non moins génial Max Schreck. Murnau s'était éloigné aussi en ce point précis du roman de Stoker alors que Browning le respecte fidèlement.
Le comte Dracula, chez Stocker, a une apparence humaine : seul ce qui l'entoure est déjà franchement inquiétant mais lui-même, au premier abord, ne l'est pas immédiatement - du moins sa nature authentiquement terrifiante demeure-t-elle encore secrète - même si sa poignée de main est un peu trop froide, un peu trop puissante. Browning comme plus tard Terence Fisher respectent cette dualité fascinante lorsque Dracula apparaît pour la première fois à Reinfield chez Browning, à Jonathan Harker chez Fisher dans Dracula [Horror of Dracula] (GB 1958). Cependant Browning ne rompt pas tout à fait avec la vision de Murnau dans la mesure où son personnage est immédiatement présenté au spectateur comme un vampire. Le spectateur de Browning tout comme celui de Murnau sait donc ce que Harker ou Reinfield ne savent pas encore et ce point commun mérite d'être immédiatement souligné. On se demande parfois si Browning avait vu Nosferatu de Murnau et le Vampyr [L'étrange aventure de David Gray] (Danemark 1930) de Carl Theodor Dreyer ou non : quoiqu'il en soit, la force de son film est de se situer à mi-chemin des deux esthétiques opposées qui président à ces deux classiques. Browning passe d'un réalisme strict dont l'impact comme tel est constamment subverti par la réalité cachée qui se tient derrière (toutes les scènes « normales » de dialogue où Van Helsing arrive à convaincre méthodiquement et rationnellement ses interlocuteurs) à un onirisme cauchemardesque pur régulièrement et pendant tout le film : il marche sur le fil du rasoir et maintient un équilibre absolu entre les deux visions. Chez Fisher en 1958, Harker sait d'avance à quoi il doit s'attendre. Ce progrès réflexif nous semble une grande idée, novatrice à la fois par rapport aux films antérieurs et par rapport au roman, et déterminante, parmi d'autres du même calibre, de la puissance de cette version Fisher, si novatrice !
L'histoire du cinéma fonctionne souvent selon un mouvement de balancier, voire de toupie en cercle se refermant sur lui-même : Werner Herzog a repris les signes extérieurs de l'esthétique expressionniste - esthétique expressionniste qui était régulièrement battue en brèche chez Murnau ! - pour son remake inutile intitulé Nosferatu, fantôme de la nuit (All.-Fr. 1978) avec Klaus Kinski mais il n'a pas égalé la puissance plastique de l'original qui se singularisait par son refus du studio, le fait qu'il privilégiait au contraire les espaces naturels, les extérieurs réels autant que possible, et surtout par une conception presque symbolique de la monstruosité tout à fait novatrice par son modernisme plastique. Les recherches plastiques - expressionnistes ou non, selon les cas - du Nosferatu de 1922 seront prolongées et mises à profit par Murnau avec un budget leur permettant encore bien davantage d'ampleur dans son Faust (1926) qui demeure la super-production fantastique et tragique de Murnau à la fois la plus allemande et la plus aboutie.
Francis MOURY
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CLIQUEZ ICI POUR RÉAGIR!| 21/10/2009 17:34 par Tony White
Je suis pour ma part assez adepte de ces petites “para-histoire” comme vous le dites si bien, comme les histoires de tournages, etc, … Disons que çà titille ma curiosité quand çà favorise le film évidemment. Et pour conclure, sûrement que le film Nosferatu se suffit à lui même, je [...] LIRE LA SUITE | |
| 21/10/2009 17:15 par tfortonio Disons qu’elle fait partie de sa “petite histoire” ou de sa “para-histoire” et qu’elle fait même partie de l’histoire du cinéma en général puisqu’un film entier l’a pris récemment pour sujet. Mais on pouvait s’en passer pour situer et introduire NOSFERATU lui-même.
Autre exemple : la célébrité de l’intertitre “Passé [...] LIRE LA SUITE | |
| 21/10/2009 16:27 par Francis Moury @François Moury:
J’espère ne pas vous avoir blessé: je ne critiquais pas la qualité de votre travail, uniquement le fait qu’il ne montre qu’une face de la médaille.
Je comprends par ailleurs que vous ayez pu manquer de place, s’il y avait effectivement une taille limite à votre article, et je vous [...] LIRE LA SUITE |
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