••• Howard McCain (Outlander)
Pour son second long-métrage Outlander, Howard McCain entre, malgré lui et impuissant, dans les affres du direct to video. Pourtant sa vision mi-science fiction mi-héroïc fantasy du poème épique Beowulf n'avait rien d'une simple série B au départ. Aujourd'hui, le réalisateur revient sur cette douloureuse expérience et désigne ouvertement le fautif de l'histoire, sans oublier de parler son futur projet Conan.
Avant de commencer, pouvez-vous revenir sur votre parcours et votre expérience sur votre premier long-métrage No dessert Dad till you mow the lawn avec James Marsden (X-Men) et Allison Mack (Smallville)?
Lorsque j'ai fait ce film, je venais de terminer mon école de cinéma à NYU et j'étais allé à Hollywood sans connaître personne. D'une façon ou d'une autre, je suis tombé sur Roger Corman et il m'a engagé pour faire ce film ; et tenez vous bien, j'avais été payé à l'époque 7 500 dollars pour un an. J'aurais pu gagner plus si j'avais fait de la plonge dans un restaurant mais je me suis beaucoup amusé à faire ce film. C'était le premier ou deuxième film pour James Marsden et Allison Mack. Je me souviens que James Marsden était très drôle sur le plateau et il n'a jamais exploité ça dans ses autres films, ce qui est dommage car dans la vie c'est vraiment un comique. Le plus drôle ou étrange, c'est qu'il fait « beau gosse » mais quand on regarde attentivement son visage, on a l'impression que c'est un con. Ce qu'il n'est pas dans la vie mais lorsque qu'il commence à raconter des blagues ou à faire une connerie avec sa belle gueule, c'est vraiment génial. Il a donc fait un très bon « mannequin » méchant. Allison Mack qui avait huit ans, était adorable et s'entendait très bien avec Joanna Kerns dont j'avais un faible à l'époque et qui jouait sa mère. C'est cool de la voir devenir maintenant une actrice adulte. Personne ne pouvait prédire son avenir contrairement à James Marsden qui avait déjà un talent d'acteur en plus d'un bon physique. Le film n'est pas particulièrement bon...les productions de Roger Corman ne sont pas généralement bonnes (rires) mais c'était sympa de le tourner et j'ai été chanceux d'avoir fait mon premier film avec lui et qu'il m'ait donné ma première chance. Et connaissant surtout ceux qui sont passés par son « école » avant moi, James Cameron, Ron Howard, Joe Dante, Francis Ford Coppola, Martin Scorsese...tous ont eu une belle carrière malgré les films qu'ils ont faits pour lui. Vous vous rappelez de Piranha 2 de James Cameron ? Horrible. (Rires).
Sa version des Quatre fantastiques (1994) n'était pas si mauvaise...
Je me rappelle de ce film, c'était il y a très longtemps. Il avait les droits sur le titre pendant des années et c'était bien avant que Spiderman et tous les autres films de super héros soient sortis. Ses droits allaient prendre fin donc et il a dû monter le film très rapidement et le tourner en un mois...Roger Corman est une institution pour les jeunes cinéastes aux Etats-Unis qui veulent débuter à Hollywood. Je lui suis donc reconnaissant même si le film n'est pas bon, au final je me suis bien éclaté. Mais vous savez quoi ? Malgré la qualité, le film est souvent diffusé sur les chaines de télé pour enfants comme Disney Channel et je reçois encore des lettres de fans.
Revenons à Outlander, d'où vient l'idée de ce scénario ?
Tout a commencé à l'université où j'ai découvert le célèbre poème anglais épique Beowulf. Juste avant de réaliser mon court-métrage de fin d'année, Los Pollos, j'ai trouvé un article dans le magazine Archeology Today dont la couverture était une photo d'un bateau de vikings reconstruit. Cette image a ravivé mon intérêt pour le poème mais je n'avais rien écrit sur le moment. Quelques années plus tard, bien avant les sorties de Braveheart, Gladiator ou Le Seigneur des anneaux, avec mon partenaire scénariste Dirk Blackman, nous avons rediscuté de Beowulf et nous trouvions que le public américain n'aurait pas cru à des monstres dans un film de vikings. Si Le Seigneur des anneaux a bien marché, ça l'a été beaucoup moins avec Donjons et dragons si vous voyez ce que je veux dire. Pour remédier à cela, nous nous sommes servis de la science fiction pour expliquer l'arrivée de l'alien que les vikings prendraient pour un dragon. Nous avons donc écrit une première version qui s'appelait Beowulf et le monstre s'appelait Grendel ; ce script ressemble beaucoup à ce que nous avons filmé douze ans plus tard mais lorsque nous l'avions donné à notre agent à l'époque, il nous a dit : « Personne ne voudra faire un film sur Beowulf » (rires) Depuis, il y a eu plusieurs films et nous avons dû changer tous les noms. Celui du monstre, Moorwen, est devenu un jeu de mot avec Morlock, les « créatures » du livre La machine à explorer le temps d'H.G. Wells. En 1996 ou 97, nous avions essayé de vendre le scripte dans une sorte de marché du scénario à Hollywood où il ne s'est pas vendu mais a attiré beaucoup d'attention. Dirk et moi avons donc commencé une carrière de scénaristes. Ce n'est qu'en 2003 que des producteurs ont cru au scénario et en moi après avoir vu Los Pollos qui avait remporté quelques prix dont un à Sundance et le fait que j'avais travaillé avec Roger Corman sur un petit budget. L'argent a pu être réuni tant bien que mal grâce aux ventes internationales et Harvey Weinstein a complété le reste. Le film a donc bien changé depuis mon idée en 1993 notamment à cause du budget.
Est-ce que ça été pour autant aussi marrant à faire que No dessert... ?
(Rires) Non. Ça été tellement dur. Nous n'avions pas un sou, nous devions donc tourner très vite et il y avait une telle pression sur moi. Nous avons filmé de nuit pendant des mois et dans le froid canadien...Non, ça n'a pas été une partie de plaisir pourtant j'estime qu'un tournage doit être une aventure amusante à faire. En réalité, nous essayions de faire une superproduction sans argent, ce qui est assez difficile à réaliser. La seule partie amusante de ce film était en pré-production où nous faisions les designs des costumes et des décors, les story-boards et les animatiques afin d'évaluer le budget du film.
Est-ce que le casting est un premier choix ?
Il faut savoir qu'à Hollywood personne, même Steven Spielberg, n'obtient le premier casting qu'il a en tête pour son film. La vie des gens et leur planning compromettent tout cela. Mais sur Outlander, John Hurt et Ron Perlman étaient les premiers acteurs auxquels j'avais pensé pour leur rôle ; ils m'ont d'ailleurs surpris lorsqu'ils ont accepté de faire le film. J'avais vu Sophia Myles dans Tristan & Yseult et j'en étais tombé amoureux. Quant à Jim, nous avons été chanceux qu'il fasse le film parce que c'est en acceptant de le faire qu'Outlander a pu se monter. Au départ, je voulais quelqu'un de plus jeune et nous avions cherché plusieurs acteurs mais lorsque Jim a été proposé pour le rôle, je voyais que ça lui convenait très bien grâce à son intensité.
Comment avez-vous rencontré et travaillé avec Patrick Tatopoulos sur Outlander et Underworld 3 ?
J'ai rencontré Patrick en 1998. J'étais fan de son travail à l'époque, sur Dark City et Stargate et je venais de finir le scénario d'Outlander. Je l'ai appelé par hasard et il semblait très intéressé par mon projet. Deux ans plus tard, il m'a faxé le premier design de la créature. J'étais époustouflé par le look et il n'a pas beaucoup changé au final. Patrick l'a fait bénévolement car il m'appréciait et aimait tellement le film. C'est son genre, il est tellement gentil en plus d'être talentueux et d'avoir une vision très spécial des choses. Il est aussi français, sexy et conduit des motos, qu'est-ce vous voulez de plus ? Quant à Underworld 3, c'est arrivé par un heureux accident ; je venais de finir le tournage d'Outlander et ils cherchaient quelqu'un pour réécrire le script. J'en ai donc parlé à Patrick qui nous soutenait, et il est venu au studio et nous avons refait le pitch.
Que s'est-il passé pour la sortie du film ? Pourquoi sort-il directement en vidéo dans de nombreux pays ?
Pour information, mon film aura droit à une belle sortie en Angleterre sur 300 écrans et avec des spots TV...Voici les raisons pour lesquelles, je pense, mon film n'est pas sorti dans de bonnes conditions : Harvey Weinstein est fauché et sa société risque de mettre la clé sous la porte. Il n'a pu mettre dans le film que 2 millions de dollars. Il n'avait donc pas beaucoup d'intérêts et quand le film fut terminé, il s'est rendu compte qu'il n'avait même pas les 10 ou 20 millions de dollars pour sortir le film correctement. Quand il a décidé de ne pas sortir le film, ce qui m'a fendu le cœur, il a tué le film. Il l'a tué pour la compagnie Wild Bunch et les autres distributeurs. Comme le film n'est pas sorti, les distributeurs internationaux se sont dit qu'ils ne vont pas le faire car Outlander a soudainement perdu de sa valeur. Alors ils sortent le film directement en vidéo excepté en Espagne, où il a été n°1 au box office durant deux semaines, et en Angleterre prochainement mais c'est douloureux de voir autant d'années de ma vie finir comme ça...C'est ma réponse la plus honnête... Je n'en veux pas à Wild Bunch mais au choix d'Harvey Weinstein. Harvey n'a même pas assez d'argent pour sortir le nouveau film de Quentin Tarantino, Inglourious Basterds ; il est obligé de demander à d'autres distributeurs et à des compagnies d'assurances de l'aider pour le faire...
Le Blu-ray d'Outlander offre de nombreuses scènes coupées, est-ce que la version du film est la vôtre ?
Non, je n'ai jamais pu finir ma version du film. Le film que vous avez vu, reflète très peu mon intention. L'argent, le planning, les producteurs, Harvey Weinstein ont empêché tout cela. C'est très triste parce que je suis intiment convaincu qu'il y a une version plus satisfaisante du film qui traîne dans la salle de montage. Néanmoins, il y a assez d'éléments dans la version finale dont je suis content.
Que pouvez-vous dire sur votre prochain projet : Conan ?
L'ambiance autour de ce projet est dingue en ce moment. Comme vous le savez, Brett Ratner réalisera ce film et vous pouvez avoir votre opinion là-dessus si c'est une bonne ou mauvaise idée (rires)...Si Brett Ratner fait bien le film, ça signifie une chose et s'il ne fait pas cela signifie autre chose...Il faut savoir qu'il n'y a pas seulement le scénario que j'ai écrit avec Dirk mais d'autres scénaristes ont écrit un autre script. C'est dingue parce qu'on ne sait pas si le notre va être le premier choix ou le second. Le notre revient vers un Conan plus sombre, plus dur et plus violent que les versions avec Arnold Schwarzenegger. Je considère ces versions plus soft, un peu ridicules et plus dans l'esprit d'un comic book. Si vous avez lu les histoires originales, c'est vraiment quelque chose et j'essaie là de revenir à cette ambiance noire. Je vous promets qu'il y aura de grands personnages, il n'y a rien de tel sur les écrans en ce moment. Ce sera du pur Conan et si tout se passe bien, ça pourrait être une réinvention du mythe à l'écran.
Aimez-vous le premier Conan de John Milius ?
Oui et non. C'est fun pour l'époque avec Arnold mais ce n'est pas Conan pour moi.
Ce n'est pas assez fidèle...
Oui mais être fidèle peut être mauvais. Vous avez vu Watchmen ? Je n'ai pas aimé le film car il est trop fidèle à mon goût. Cet aspect n'aide pas le film et le tout devient lent et difficile à suivre. Il y a une différence entre être fidèle et adapter ou transformer des idées d'une œuvre. L'idée d'une adaptation, c'est être fidèle à l'intention et non aux détails de l'œuvre. Pour Conan, le livre de Robert E. Howard a été écrit dans les années 1930 et depuis les choses ont changé donc on ne peut pas être fidèle à tous les détails de son roman bien qu'en relisant ses livres, il y a de la modernité.
Aimeriez-vous réaliser votre version de Conan ?
Oui, j'aurai adoré le faire mais comme Outlander n'a pas eu une grande sortie américaine donc je ne suis pas encore considéré comme un réalisateur « d'envergure ». Pour vous donner une idée, les coûts de productions d'Outlander sont de 31,5 millions de dollars et pour Conan, on parle de 110 millions ; je pourrai faire du bon boulot (rires) mais on ne me donnera pas l'occasion de le réaliser. Néanmoins, j'ai d'autres projets que je pourrais tourner.
Peut-être pour un autre personnage de Robert E. Howard ?
Oh oui, il y en a pas mal mais j'avoue plutôt vouloir adapter du Lovecraft. J'entends parler de projets autour de ses œuvres dont notamment Les montagnes hallucinées.
Vous savez que Guillermo Del Toro veut faire ce film ?
Oui, ce serait un honneur qu'il le fasse.
Quels sont vos films de science fiction et d'héroïc fantasy préférés ?
La liste est grande : King Kong (1933), Metropolis (1927), Des monstres attaquent la ville, La guerre des mondes (1953), 2001 l'odyssée de l'espace, La Planète des singes, The Thing, Alien 1 et 2, Rencontres du troisième type, Predator, Le Seigneur des anneaux, Les Envahisseurs attaquent, La guerre des monstres (connu aussi en France sous le nom Les monstres des planètes secrètes), L'invasion des profanateurs de sépultures (1956), Dark City, Pitch Black, Terminator, The Crow, La Guerre des étoiles, La Belle et la bête (1946), Cowboy Bebop et Le masque du démon. La liste peut encore continuer indéfiniment.LIENS SPONSORISEÉ
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CLIQUEZ ICI POUR RÉAGIR!| 03/04/2009 18:10 par Reznik J’aime bien ce type.
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03/04/2009 17:26 par La RédactionHoward McCain (Outlander)Vous pouvez discuter ici de l’article Howard McCain (Outlander).
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